Pauline Julien : Femme pays

P R I M E U R
Sortie
officielle
Vendredi 25 septembre 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Portrait sur une longue période de la chanteuse engagée.

ANGLE
| CRITIQUE |

texte : Luc Chaput
[ En attente ]

★★★ ½

Intime

connexion

 

Se rendant sans musiciens aux installations près du barrage de la Manicouagan, Pauline Julien chante à cappella La Manic de Georges Dor dans la cafétéria. Elle danse avec plusieurs des ouvriers et à chaque changement de partenaire, elle devient l’épouse, la conjointe, la fiancée, la bien aimée de ces hommes partis travailler au loin comme hier dans les camps de bûcherons ou naguère comme coureurs de bois ou pagayeurs de rabaskas.

Le scénario de la cinéaste et de Véronique Côté, fruit d’une recherche immersive dans les écrits et correspondances de Gérald Godin et Pauline, est bâti en de courtes scènes qui s’entrechoquent, se répondent et se conjuguent. Elles forment ainsi un regard sur plusieurs aspects de la vie de l’artiste et ce sur quelques décennies. La relation avec ses enfants y est centrale que ce soit dans la séquence où le trio arrive au chalet dans lequel est sa sœur Fabienne puis dans les échanges au plus près ou éloignés et les confidences avec cette mère pas toujours physiquement présente.

Quelque part, en ville, dans un Québec que nous chérissons.

La photographie de Jonathan Decoste embrasse les personnages dans leur intimité mais aussi en relation avec les passants et le public. L’amitié amoureuse avec Anne Sylvestre, toutes deux porteuses d’un discours féministe fort, s’insère naturellement dans ce maelstrom d’événements. Les points d’ancrage sont majeurs, que ce soit la Crise d’Octobre 70 dans laquelle les deux furent emprisonnés, la carrière politique de Gérald et l’évolution de cette aphasie qui mine de l’intérieur cette parolière et porteuse de chansons. L’impact de son art est aussi rappelé par des archives et le jeu entre le noir et blanc et les couleurs, dans un montage ciselé de Stéphane Lafleur, signale encore plus ce passage du temps.

Les points d’ancrage sont majeurs, que ce soit la Crise d’Octobre 70 dans laquelle les deux furent emprisonnés, la carrière politique de Gérald et l’évolution de cette aphasie qui mine de l’intérieur cette parolière et porteuse de chansons.

Suzanne Clément incarne avec un mélange de fougue et de densité cette pasionaria qui navigue quelquefois difficilement entre les diverses demandes de son existence. Patrice Dubois fait jeu égal avec elle dans cette représentation d’un couple aux désirs et opinions bien affichées. Ce portrait impressionniste d’une femme et de son époque permettra à plusieurs de replonger d’une autre manière dans un Québec où l’espoir était encore un mot primordial.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Anaïs Barbeau-Lavalette

Scénario : Anaïs Barbeau-Lavalette, Véronique Côté. Direction photo : Jonathan Decoste. Montage : Stéphane Lafleur. Musique : Guido Del Fabbro, Émile Proulx-Cloutier.

Genre(s)
Drame biographique
Origine(s)
Canada [Québec]
Année : 2026 – Durée : 1 h 50 min
Langue(s)
V.o. : français ; s.-t.a.
Pauline Julien: A Woman, a Country

Distributeur
Axia Films

Contact info.
[ Bravo Charlie ]

Anaïs Barbeau-Lavalette
Crédit : @ IMDb

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ Beaubien ]
Cineplex

Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Tous publics ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Primetime

P R I M E U R
Sortie
officielle
Vendredi 25 septembre 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
En 2006, Chris Hansen, le présentateur de l’émission To Catch a Predator, entreprend de marquer l’histoire de la télévision.


Le Film
| de la semaine |

ANGLE
| CRITIQUE |

texte : Élie Castiel

 

★★★★

Prédateur$

et

vies privées

Le format d’image en VistaVision, autrement dit, le ratio 1.50:1 ou 3.2, participe de cet engouement de la part du jeune Lance Oppenheim pour son premier film de fiction.

Cette fébrilité de sa part se sent tout le long de Primetime, autant dans la direction photo de Jonathan Descote, la caméra très proche des personnages, ces prédateurs, pas ceux que l’on croit, préparant leurs coups bas, participant à une course contre la montre pour implanter leur émission télé aux heures de grande écoute.

Malgré un sujet, pour le moins, scabreux, filmer des clients, des hommes d’âge mûrs, recontrant des mineur(es) pour activités illicites, le film évite le sensationnalisme même si certaines images tiennent du voyeurisme, mais conservent cette approche réaliste où notre regard voyeur et notre comportement de consommateurs d’images interdites se complaît à assouvir nos désirs le plus souvent inavoués.

Car Primetime (heure de grande écoute), c’est aussi de cela que ça parle, de nous et pas seulement des personnages créés par Oppenheim et le scénariste Ajon Singh, inspiré de l’article d’un certain Luke Dittrich.

Ce qui est à la fois déroutant et dans le même temps contestable, c’est de se questionner sur la nature, non pas des clients, car ils ne le sont pas, ce sont des ‘vies privées’ et « vaccinées », répondant simplement à ces multiples sites de rencontres comme Grindr ou autres, à l’invitation de jeunes internautes qui n’ont pas atteints l’âge du consentement, mais s’y aventurent quand même. Dans un sens, théoriquement, il s’agit de rencontres, en général d’un soir (ou journée !) entre deux ‘personnes consentantes’.

Un charisme d’homme droit.

Mais l’Amérique est un des pays les plus puritains en matière de sexe. Et cette contagion s’est rependue dans tous les coins du globe. Partout, il s’agit du « sexe interdit » alors que dans les conflits mondiaux, tous ces morts, ces blessés, ces amputé(es) se calculent par milliers. Oui à la mort, non au sexe.

En 2024, Lance Oppenheim signait le documentaire Spermworld, où il explorait le marché noir et non réglementé des dons de sperme en ligne aux États-Unis. Des donneurs particuliers et des parents en devenir se connectaient directement pour contourner les banques de sperme traditionnelles, jugées trop coûteuses ou trop impersonnelles.

Entre ce reportage et Primetime, un dénominateur commun : le sexe, celui pour la reproduction et d’autre part, l’activité sexuelle comme activité illicite, mais pour certains, selon les règles de sa propre morale.

Oppenheim est jeune, mais déjà, avec cette première fiction édifiante, se construit un avenir prometteur, tout à fait conscient des limites, mais qu’il peut franchir sans aléas.

Le rêve américain ou la possibilité de réussir à force de contourner les règles de la morale, de l’équité et d’avoir un appétit vorace impossible à rassasier.

Le côté granuleux des images, totalement délibéré, demeure le constat d’autant d’exemples d’échappatoires que de gestes formulés. Il y a, dans Primetime, un cynisme volontaire, pince-sans-rire, de la part des prédateurs qui alimentent, aux heures de grande écoute, nos instinct les plus bas, alors que des émissions comme To Catch a Predator devrait être retenue tard la nuit.

Oppenheim s’interroge, ne le montre pas directement, mais se fait le dénonciateur d’un système capitaliste en pleine frénésie. Ça se passe au début de notre siècle actuel et le présentateur dont il est question, Chris Hansen, a bien existé. Le rêve américain ou la possibilité de réussir à force de contourner les règles de la morale, de l’équité et d’avoir un appétit vorace impossible à rassasier.

Actuellement, Chris Hansen travaille en tant que créateur de médias numériques indépendant, entrepreneur et enquêteur, et dirige principalement son propre réseau de crimes réels appelé TruBlu.

Un film essentiel, pertinent, provocant, pour voir ce que nous sommes capables d’être.

Robert Pattinson, brillant.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Lance Oppenheim

Scénario : Ajon Singh, d’après l’article de Luke Dittrich, Tonight on Dateline. Direction photo : David Bolen. Montage : Daniel Gerber. Musique : Ari Balouzian.

Genre(s)
Drame social
Origine(s)
États-Unis
Année : 2026 – Durée : 1 h 50 min
Langue(s)
V.o. : anglais & Version française
En direct

Distributeur
Entract Films

Contact info.
[ Elevation Pictures ]

Lance Oppenheim
Crédit : IMDb

Diffusion
Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

The Stunt Driver

 

ANGLE
| CRITIQUE |

texte : Pascal Grenier

★★★

La folie

des

grandeurs

Après quelques productions Netflix de facture alimentaire, notamment Coffee & Kareem et Stuber, Michael Dowse revient en pays natal avec The Stunt Driver, un projet manifestement plus personnel qui lui permet de renouer avec Jay Baruchel, déjà dirigé dans Goon. Le cinéaste de Fubar s’intéresse ici à une figure singulière de l’histoire québécoise du spectacle à sensations fortes : Ken Carter, cascadeur et casse-cou montréalais qui s’était mis en tête de réaliser l’impossible, soit franchir le fleuve Saint-Laurent sur une distance d’un mille à bord d’une voiture propulsée par une fusée.

Une histoire qui avait déjà fait l’objet du documentaire The Devil at Your Heels en 1981, consacré à cette entreprise aussi démesurée que dangereuse. Dowse reprend donc un récit dont l’issue est connue, mais dont le parcours demeure suffisamment extravagant pour justifier une nouvelle reconstitution. Le film joue d’ailleurs intelligemment sur cette dimension de rêve américain à la sauce québécoise : un homme désillusionné, pratiquement seul contre tous, qui refuse d’abandonner son projet malgré les obstacles financiers, les sceptiques et les multiples revers.

Le coureur (gauche) et le sous-fifre, qui rêve de le remplacer.

Jay Baruchel est particulièrement bien choisi pour incarner Carter. L’acteur apporte au personnage une vulnérabilité et une obstination qui évitent d’en faire simplement un autre clone d’Evel Knievel, son rival et modèle, interprété ici par Ben Foster dans un rôle secondaire. Carter n’est pas présenté comme un héros invincible, mais comme un homme qui a tellement investi dans son rêve qu’il ne lui reste pratiquement plus rien d’autre à perdre.

Dowse privilégie heureusement une mise en scène rugueuse et rythmée plutôt qu’un spectacle hollywoodien hypertrophié. La reconstitution d’époque, modeste mais convaincante, profite également de l’intégration d’images d’archives qui donnent au récit une texture documentaire bienvenue afin de nous rappeler que derrière le folklore se trouve un véritable casse-cou qui mettait littéralement sa vie en jeu.

Ce n’est pas le grand film que l’histoire de Ken Carter aurait peut-être mérité, mais c’est suffisamment énergique et humain pour nous donner envie de croire, pendant quelques heures, à ce rêve complètement fou.

Le problème est que The Stunt Driver demeure malgré tout assez prévisible dans sa construction. On reconnaît rapidement les différentes étapes du récit biographique traditionnel : le rêve impossible, les humiliations, les problèmes financiers, les revers, puis la détermination renouvelée. Dowse ne réinvente donc pas la roue — ce qui est presque ironique dans le cas présent — et certaines situations manquent de profondeur pour dépasser le simple récit d’un homme obsédé par son ambition.

Après plusieurs films d’action et comédies mécaniques sans grande saveur, Dowse signe ici un retour sympathique, imparfait mais sincère. Ce n’est pas le grand film que l’histoire de Ken Carter aurait peut-être mérité, mais c’est suffisamment énergique et humain pour nous donner envie de croire, pendant quelques heures, à ce rêve complètement fou.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Michael Dowse

Scénario : Michael Dowse. Direction photo : Sara Mishara. Montage : Reg Hartema. Musique : Cristobal Tapia de Veer.

Genre(s)
Chronique biographique
Origine(s)
Canada
Année : 2026 – Durée : 1 h 39min
Langue(s)
V.o. : anglais; s.-t.a. & Version française
Le grand saut

Distributeur
Axia Films

Contact info.
[ Bravo Charlie ]

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Parc]
Cineplex

Micchael Dowse
Crédit : @ Wikipedia

Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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