Kaïros

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 15 mai 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Manu, un acteur montréalais qui, après une longue absence, peine à relancer sa carrière, accepte finalement d’animer une émission de radio nocturne destinée aux travailleurs de l’ombre et aux exilés. Au fil des appels, cette connexion intime avec des inconnus transforme sa solitude en un engagement profond, redonnant un sens à sa propre vie.

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★★

Nuit blanche

 

Dans le domaine de la radio, cela signifie échanger avec les auditeurs, être d’accord ou non avec eux sur des sujets variés. Avec le temps, une sorte d’exutoire à sa propre existence en ce qui a trait à l’animateur. C’est le cas de Manu (comme d’habitude, excellent Emmanuel Schwartz), dérivé de Emmanuel, devenant ainsi une sorte de mise en abyme personnelle.

Et si un jour, après une carrière honorable forgée sur les succès, si un jour au fait, tout cela disparaissait et il faudrait penser à autre chose, alors que la seule chose qu’on est en mesure de posséder comme de l’or en barre, c’est « jouer », pour soi, pour les autres.

Kaïros, le terme grec qui signifie « le temps opportun », dans le film de Jennifer Alleyn, productrice, mais aussi cinéaste, qui nous avait déjà séduit avec le segment Aurore et Crépuscule dans l’aujourd’hui devenu nostalgique Cosmos, signe sans aucun doute son meilleur long métrage de fiction ; en fait, une fiction qui s’arrange pour être une sorte de réflexion sur l’art d’interprétation, ses enjeux souvent instables, voir capricieux, ce rapport au temps où le « tant que ça dure » ne cesse d’envahir le cerveau de celui qui pense intelligemment.

Pour survivre de ce qu’on sait le plus, adopter le système de la débrouille.

Un film sur l’art de la création, ses turbulences, ses offenses, ses défenses. Lorsque confronté à l’animation d’une émission radiophonique et que les auditeurs peuvent, selon le cas, devenir d’agressifs attaquants, comme dans un match de hockey ou n’importe quelle autres discipline sportive, le principal intéressé est constamment confronté à lui-même, l’effort de concentration constamment demandé, faute de quoi.

La mise en scène de Jennifer Alleyn a ce pouvoir de filmer un Montréal nocturne sur un ton particulier. La faculté esthétique est d’autant plus puissante que ce « Montreal by Night » suit la logique de la caméra de Marc Simpson-Threlford (beaucoup de télévision et des courts) lui donnant la possibilité, ici, de briller – et c’est absolument bien réussi.

Le Montréal nocturne que filme Alleyn est aussi celui d’un centre-ville où les fenêtres encore allumées des immeubles à plusieurs étages au milieu de la nuit font sentir leur anonymat, dans un sens, une perception de solitude. Il y a mêmes ces lumières qui montre des appartements vides, comme si personne ne voudrait s’y aventurer, craignant l’isolement, l’abandon.

Le Montréal nocturne que filme Alleyn est aussi celui d’un centre-ville où les fenêtres encore allumées des immeubles à plusieurs étages au milieu de la nuit font sentir leur anonymat, dans un sens, une perception de solitude. Il y a mêmes ces lumières qui montre des appartements vides, comme si personne ne voudrait s’y aventurer, craignant l’isolement, l’abandon.

C’est ainsi que se nourrit ce Kaïros, ce ‘temps opportun’ qui n’arrive jamais. Cette impossibilité se traduit par les propos de certains auditeurs venus de l’étranger qui, en des paroles simples, parfois dans un français approximatif, d’autre fois, parfait, répandent la voix de ces diversités venus d’ailleurs qui ont non seulement la nostalgie de terres perdues, mais qui dans ce nouveau « chez nous » qui se veut accueillant ne tient pas vraiment ses promesses.

En fait, il serait prudent de rappeler que dans ce petit bout de Nirvana, tous ceux qui y vivent sont venus d’ailleurs. Et c’est sans doute au cours d’une nuit blanche qui semble s’éterniser qu’on peut parvenir à le réaliser.

On pense alors à l’un des plus beaux films du grand Jean Pierre Lefevbre, L’amour blessé (Confidences de la nuit), celui-ci concentré généralement sur l’idiosyncrasie des auditeurs. Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais…

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Jennifer Alleyn

Scénario : Jennifer Alleyn. Direction photo : Marc Simpson-Threlford. Montage : Emma Bertin. Musique : Denys Levasseur.

Genre(s)
Essai
Origine(s)
Canada [Québec]
Année : 2026 – Durée : 1 h 30 min
Langue(s)
V.o. : français, s.-t.a.
Kairos

Jennifer Alleyn

Dist.
Filmoption International
Contact/Prod.
[ Les Films de Jennie ]

Diffusion

Cinéma-Cinéma
[ @ Beaubien / du Musée ]
Cinémathèque québécoise
Cineplex

Classement
Visa GÉNÉRAL

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

L’amie silencieuse

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 15 mai 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l’ignore. Dans les années 70, il voit Hannes s’éveiller à l’amour et au monde des plantes. Aujourd’hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret.

 

Le Film
| de la semaine |

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★★

 

Le langage

des Embryophytes

 

Mot d’origine grecque, pour signifier simplement « plantes terrestres ». Et pourquoi pas. Une explication : le nouveau film de la Hongroise Eldikó Enyedi est un essai-fiction intellectuel, sans pour autant frôler le snobisme habituellement associé au genre.

Nous sommes devant une mise en scène où les trois parties de ce film sur les rapports étranges qui existent entre les Humains et les Plantes en ce qui a trait à la reproduction des espèces se rapprochent, s’écartent l’une de l’autre et s’entremêlent de nouveau.

De quoi désorienter le commun des mortels ; sauf que la signataire de l’irréprochable Mon vingtième siècle (Az én XX. Századom) se dote d’une dose d’humour, de savoir-faire dans la mise en scène et surtout de cette connaissance de l’Humain et de ce qu’elle défend sur tout ce qui entoure le territoire social, loin des concrets fabriqués, des tangibles, des réels.Suite

Les enfants de la Résistance

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 15 mai 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Un village à l’heure allemande.

ANGLE
| CRITIQUE |
Luc Chaput

★★★

 

Les petits

chaperons noirs

 

En septembre 1939, les mobilisés partent de la place du village. François vient dire au revoir à son cousin Martin qui lui a confié quelques jours plus tôt une tâche à accomplir. Le scénario du réalisateur et de Stéphane Keller, son collaborateur pour La Guerre des boutons, adapte les deux premiers tomes du la série éponyme de bandes dessinées. Dans un village situé sur un plateau du centre-est de la France, la vie se déroule normalement pour les enfants d’agriculteurs, de notaire ou d’autres professions ou métiers jusqu’à ce que la guerre puis l’arrivée de réfugiés fuyant l’armée nazie changent complètement la donne.

Le récit reprend donc plusieurs épisodes qui ont déjà fait l’objet de films ou de téléséries européennes mais en se concentrant sur le regard, les motivations et les actions des enfants. Deux amis François et Eusèbe comprennent de mieux en mieux les raisons des bouleversements et s’interrogent sur certaines attitudes de voisins spécialement après l’arrivée de Lisa, une jeune orpheline. Les premières actions du trio se produisent plus par jeu. L’emploi par temps froid de manteaux avec capuchon qui leur donne l’apparence de chaperons noirs renforce cette idée de conte dans lequel la dissimulation est omniprésente.

Pas vraiment un jeu de guerre.

La cinématographie de Jérôme Alméras, en désaturant les couleurs, augmente le sentiment de grisaille et de danger que des événements subséquents confirmeront. La présence fugace de prisonniers de guerre venus également de l’espace colonial français, les discussions au café du coin et les diktats de l’armée allemande font ainsi partie de cet environnement qui confronte ces écoliers à des situations dont il leur ait de plus en plus difficile de s’extirper.

L’emploi par temps froid de manteaux avec capuchon qui leur donne l’apparence de chaperons noirs renforce cette idée de conte dans lequel la dissimulation est omniprésente.

 

Les trois jeunes interprètes font preuve d’un bel allant dans ce jeu de pistes risqué. C’est pourtant Artus dans le rôle de Marcel, qui imprime de sa masse agile le tracé de ce groupe, laissant aux autres interprètes adultes peu de grain à moudre. Seuls Gérard Jugnot, complice habituel du cinéaste, dans le rôle d’un curé qui en a vu d’autres et Stefan Konarske en junker Jaeger tirent leur épingle du jeu.

Les leçons d’histoire remplies de fraternité, d’entraide mais aussi de compromission sur cette guerre sont ainsi amenés par petites touches dans une mise en scène d’une certaine bonhomie plaçant la plupart des morts en hors-champ. Cette plongée en compagnie d’enfants dans une époque qui semble maintenant moins lointaine ne réussit pourtant pas à atteindre le niveau de certains de ses illustres prédécesseurs.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Christophe Barratier

Scénario : Christophe Barratier, Stéphane Keller; d’après la BD de Vincent Dugomier et Benoît Ers. Direction photo : Jérôme Alméras. Montage : Simon Burdet, Yves Deschamps. Musique : Philippe Rombi.

Genre(s)
Drame
Origine(s)
France
Année : 2025 – Durée : 1 h 41 min
Langue(s)
V.o. : français
Les enfants de la Résistance

Christophe Barratier

Dist.
Métropole Films
Contact/Prod.
[ Mongrel Media ]

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ Beaubien ]
Cineplex

Classement
Visa GÉNÉRAL

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

1 15 16 17 18 19 1 468