Best Boy

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 19 juin 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Trois frères et sœurs s’affrontent dans des défis extravagants pour l’héritage de leur défunt père, ravivant d’anciennes rivalités et dynamiques familiales.

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★

Racines

 

Le facteur identitaire de la famille dont il est question est-il important dans cette comédie noire aux accents quasi surréalistes ? Les funérailles du père figurent dans le premier plan du film, avant même que le titre du film n’apparaisse sur l’écran. Un étoile de David sur le cercueil nous indique que le défunt est de confession juive. Il s’agit d’un certain M. Seligman, dont le prénom ne sera jamais mentionné.

Intelligente stratégie de la part du montréalais Jesse Noah Klein pour justement avoir recours à une certaine neutralité autour du personnage et de la famille dont il est question. Mais plus encore, le désavouant pour justifier le comportement des survivants à son égard.

Bien évidemment que ‘oui’, l’identité raciale des participants est essentielle pour mieux comprendre la proposition de Klein ; d’une part, le réalisateur revendique ses propres origines, qu’il soit pratiquant ou non, et c’est très bien ainsi. De l’autre, le film navigue constamment sur ce thème, même si en catimini.

Le film a été tourné pendant l’été 2023, à Bolton-Est, dans la région des Cantons-de-l’Est, au Québec. Deux mois plus tard, le 7 octobre. Si Klein avait été en tournage à cette date, le film aurait-il eu une saveur différente ? On se demande également s’il n’aurait simplement pas abdiqué ?

Toujours sur le thème des appartenances, malgré ce qu’on aura compris du père, malgré son peu d’intérêts pour les affaires de religion, il n’en demeure pas moins que les deux fils, maintenant adultes, ont fait leur bar-mitsvah et attachent une certaine importance aux racines, du moins en apparence. Et finalement, la mère, une Québécoise francophone, qui a aimé ce père maladroit, et a suivi les traditions pas si traditionnelles du père, ce qui en quelque sorte, faisait son affaire.

Il faut savoir cacher les apparences.

C’est ce qui explique le scénario de Klein, aussi délicieusement torturé que le film. Il y a dans sa structure narrative, quelque chose qu’on ne voit pas, mais qu’on constate, notamment dans les dialogues, magnifiquement écrits par Klein lui-même face à un scénario plus préoccupant et engagé que le tournage sans doute. C’est de lui qu’il parle, non nécessairement dans le déroulement des situations, mais dans cette particularité de l’identité juive qui opère souvent selon le critère de Jewish guilt – non, ce n’est pas péjoratif. J’adhère moi-même cette à identité raciale et je ne suis guère pratiquant.

La direction photo impeccable de Nicolas Canniccionni, à qui l’on doit près de 70 productions, dont celle charnelle dans Marie Madeleine, de Gessica Généus, le très beau film au récent Festival de Cannes, s’inscrit dans un rapport paritaire entre le senti et le filmé.

Les tenants et aboutissants de ce drame, car il s’agit aussi d’un drame, sont parfois entremêlés, se perdent dans des conventions faciles, sans toutefois offrir des solutions. Le spectateur est constamment contraint de se poser des questions sur cette course contre la montre organisée par la mère (très convaincante et assurée Lise Roy), qui consiste à remettre l’héritage monétaire du père au « meilleur des fils » – Philip est le prénom de la fille – Son père aurait voulu qu’elle soit un garçon, allez savoir pourquoi (Caroline Dhavenas jouant admirablement bien plusieurs registres à la fois) jusqu’à l’un des plans vers la fin du film où elle montre une particularité qu’on voudrait ne pas vous révéler. Les deux autres sont Lawrence (Aaron Abrams) et Eli (Marc Bendavid), qui donne à tout ce beau monde cet aspect à la fois neutre et perdus dans cette perfide course à l’héritage. Ça se passe aussi dans les familles les plus respectables et nanties.

La direction photo impeccable de Nicolas Canniccionni, à qui l’on doit près de 70 productions, dont celle charnelle dans Marie Madeleine, de Gessica Généus, le très beau film au récent Festival de Cannes, s’inscrit dans un rapport paritaire entre le senti et le filmé.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Jesse Noah Klein

Scénario : Jesse Noah Klein. Direction photo : Nicola Canniccioni. Montage : Yvann Thibaudeau. Musique : Yvann Thibodeau.

Genre(s)
Comédie noire
Origine(s)
Canada [Québec]
Année : 2024 – Durée : 1 h 30 min
Langue(s)
V.o. : anglais, français; s.-t.f.
Le meilleur fils

Jesse Noah Klein
Crédit : La Distributrice de Films

Dist.
La Distributrice de Films
Contact/Prod.
[ Chasseur Films ]

Diffusion
Cinémathèque québécoise

Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]