Fantasia 2026
| IV |
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
texte
Élie Castiel
Les uns
et
les autres
De sérieux problèmes avec WordPress, dommage, non encore résolus totalement, et l’installation non complétée d’un nouvel ordinateur justifient ce retard dans la livraison du texte.
Force est quand même de souligner que parmi les films couverts dans cet article, certains sortiront en salle à Montréal et, selon notre appréciation, nous aurons l’occasion d’en parler plus amplement. Néanmoins, le but de ce texte n’est pas d’en faire une critique traditionnelle sur chaque film énoncé, mais d’indiquer s’il s’inscrit bien dans l’esprit-Fantasia.
3 cas isolés même si remarqués par une certaine critique
BOWELS OF HELL (Privadas de Suas Vidas) > Brésil / Gurcius Gweder, Gustavo Vinagro
Une association locale de critiques a décerné son prix à ce film. Sans douter des connaissances du cinéma des trois jurés, le film à notre avis, s’inscrit dans une nouvelle perspective du sous-genre « trash », un des ingrédients du camp, ce substitut maintes fois abordé depuis des lustres; ici, le poids de la provocation dépasse les limites de la décence. Tout est permis, tout peut être montré, même les intimités caverneuses et bruits désagréables du corps qui sont le plaisir de tant de pré-adolescents. Les deux réalisateurs n’hésitent pas à accorder à la surenchère cet aura qui place ce nouveau genre, si on s’accorde avec la société actuelle, qui fera des petits. Où l’en s’en va !
FERINE (Beasts of Prey) > Italie / Andrea Corsini
Si le spectateur est partisan du récit esthétique, sans tenir compte de la narration, le film de Corsini pourra satisfaire son regard. Et de ces partisans, il en existe des tas dans les circuits festivaliers. Un film donc qui s’en va partout, recueille des moments où la fracture formelle d’un certain Mario Bava (cinéaste narratif et visuel d’un extraordinaire efficacité) et d’autres réalisateurs d’une autre époque sont, il faut l’admettre, des points de références. Nous sommes ainsi devant un objet cinématographique hybride et désordonné qui, justement, ne jure que par son assemblage d’idées, de perceptions, d’images qui se succèdent sans véritable but, peut-être bien selon le courant d’un monde actuel, témoin dangereusement placide du n’importe quoi.
HOT SPOT (Kaftá Simía) > Suède, Grèce, Norvège, Pologne / Agnieszka Smoczynska
Le nombre de noms grecs inscrits dans le générique de fin m’a poussé à indiquer entre parenthèses, le titre grec. Un film en parfait accord avec l’esprit de Fantasia, côté international, mais qui se dirige, lui aussi, partout, sans aucun lieu où s’arrêter et donner un certain sens à une intrigue qui n’en est pas une. Pour Agnieszka Smoczynska, le futur n’est pas si proche, il est immédiat, du moins en ce que les images en mouvement peuvent traduire. Comme dans Bowels of Hell et Ferine, les trois productions n’ont aucun rapport les unes avec les autres, mais partagent néanmoins ce désir à la fois furieux, venant directement des tripes, d’une logique peu commune, n’obéissant qu’à une seule morale, c’est-à-dire sortir de l’ordinaire, en pleine conscience qu’on fait partie d’un monde parallèle, celui du cinéma, et que les normes et règles de conduite ne sont pas identiques à celles de la réalité.
Et je ne sais pour quelle raison, mais chaque fois que le visage de Naomi Rapace apparaissait sur l’écran CinémaScope, je me posais la question si, finalement, elle incarnera Maria Callas au grand écran, annoncé il y a plusieurs années.
3 cas de films qui méritent une sortie en salle
BAGWORM > États-Unis / Oliver Bernsen
Je n’avais pas l’intention de voir ce film, mais j’aurais raté une véritable perle, un film de genre fidèle à la politique de Fantasia dans son volet international, là où la fiction ou autrement dit, l’imaginaire débridé de cet anti-héros extraordinaire devient le véritable atout. Nous le suivons dans son imaginaire, essayant chacun de nous à sa façon de nous intégrer dans son univers parallèle. Il est puissant, terriblement charismatique dans ses faiblesses, farouchement américain, comme perdu dans une jungle (actuelle) sans issues. Il nous envoûte, nous perce le cœur et l’esprit. Et il est Juif et ne le cache pas. Et si après tout, Bagworm n’était après que la métaphore dramatique que la communauté juive de la Diaspora vit en ce moment, depuis un certain 7 octobre, devenu fait divers ; les pros-de-l’autre-côté confondant gouvernement actuel israélien, complètement corrompu par une politique messianique datant de trois mille et la réalité présente. Et il faut saluer l’état d’esprit des producteurs et artistes impliqués dans ce film, qui signent leur identité sans peur et sans reproche. Le reste, c’est de la foutaise, n’en déplaise à certains.
MOTHERWITCH (Dodekaímeron / The Twelve Days of Christmas) > Chypre, Macédoine du Nord, États-Unis / Minos Papas
Je me demandais constamment ce que ce film, d’une rare beauté plastique, et suivant une ligne narrative des plus agréablement directe, faisait dans ce festival. Motherwitch aurait pu être distribué ici et dans le reste du Canada, et être présenté en salle comme n’importe quelle autre primeur. Minos Papas, connaît, il est indéniable, le cinéma de son pays. Non pas un hommage qu’il propose, mais une proposition intéressante pour désamorcer une tendance des réalisateurs grecs contemporains qui se sentent obligés de faire fi de leurs racines pour imiter leurs voisins. Qu’on le veuille ou pas, la Grèce navigue encore entre un Orient hérité de la domination turque et un Occident contemporain qui ne saisit pas encore la dualité géographique de ce pays. Un bravo sincère à Papas. Avez-vous oublier Theo Angelopoulos ?
NO REST FOR THE WICKED > Danemark, Islande, les îles Foroé / Kasper Kalle
Un film LGBTQ à Fantasia. À l’époque, à ses tout débuts, cet évènement cinématographique se concentrait uniquement sur les films asiatiques. Impensable un tel film à ce temps-là. L’œuvre de Kasper Kalle est poème d’amour, une offrande à l’attirance et au désir, bien plus à la relation passionnelle, quel que soit le genre sexuel qu’il s’agit, ; une œuvre qui saisit le moment opportun pour parler d’une autre époque, le 19e siècle, alors que tout semble interrompre une relation telle et nos deux amoureux brûlent les conventions et risquent le tout pour le tout, non pas par désir charnelle uniquement, mais pour vivre la passion. Une photographie exemplaire caressent leurs corps, filme les atmosphères, comme des pièces de résistance dramatique à la progression du récit et, mine de rien, ces images en mouvement projettent la mémoire de l’imaginaire comme métaphores du mythe amoureux ; dans un sens, à y voir de près, quelque chose d’utopique tant les réalités sociales ne cessent de tout confondre en raison de millénaires dominés par les préceptes de la foi. Cette transcendance paraît dans le film de Kalle, avec tout ce que cela comporte comme argumentaire. Ici, c’est le 19e siècle, mais cela a-t-il vraiment changé ?
