RÉSUMÉ SUCCINCT Un ancien étudiant en histoire de l’art organise un vol de tableaux.
En toute conscience.
ANGLE de | PERSPECTIVE |
Luc Chaput
★★★
Lignes
de
fuite
Le matin, dans une ferme de la Nouvelle-Angleterre, Maude, la conjointe d’un professeur, signale à James que son séjour en ces lieux tire à sa fin. Nous sommes en octobre 1970 et la cinéaste Kelly Reichardt prend un grand soin à reproduire dans les décors et les costumes d’Amy Roth aux tons fades, et dans le traitement de l’image par Christopher Blauvelt, cette esthétique vécue alors quotidiennement et ce même dans les marges du cadre avec ces extraits à la télé, les titres des journaux et les affiches sur les murs.
James Mooney est un menuisier-ébéniste peu rémunéré, qui fréquente le musée de la municipalité. Il échafaude un plan de vol de peintures abstraites aux couleurs vibrantes peu surveillées par le personnel. Le choix des complices a été fait nonchalamment. Un regard ironique sous-tend le scénario de la réalisatrice sur ce quidam, spécialement dans ses relations avec ses deux garçons.
Tableau d’une société prise aussi dans les bouleversements provoqués par la guerre du Vietnam.
L’amitié qui irriguait les œuvres précédentes de la cinéaste (First Cow) et y permettait de faire face à la vie est remplacée par un isolement de plus en plus grand du protagoniste qui, au fil de sa fuite, prend de mauvaises décisions malgré les conseils reçus. Josh O’Connor, dans une variation plus sombre de son personnage d’archéologue pilleur de tombes dans La chimerad’Alice Rohrwacher, incarne la constante cheville ouvrière au centre de ce tableau d’une société prise aussi dans les bouleversements provoqués par la guerre du Vietnam.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Kelly Reichardt
Scénario : Kelly Reichardt. Direction photo : Christopher Blauvelt. Montage : Kelly Reichardt. Musique : Rob Mazurek.
Genre(s) Drame Origine(s) États-Unis Année : 2025 – Durée : 1 h 50 min Langue(s) V.o. : anglais; s.-t.f. Le stratège
Le maître d’œuvre
Kelly Reichardt
Dist. @ Films Service Supérieur Contact @ [ MUBI ]
RÉSUMÉ SUCCINCT
Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.
COUP de ❤️ de la semaine
ANGLE | CRITIQUE |
Élie Castiel
★ ★ ★ ★ ½
Bande
à part
Iran : un régime politique totalitaire ; nous le savons. Et pourtant, des cinéastes engagés qui tournent les films parmi les plus importants du monde. Depuis toujours, depuis que le cinéma iranien est entré dans la légende, comme un certain cinéma asiatique, par exemple.
Une Palme d’Or bien méritée au dernier Festival de Cannes, « le » festival des festivals, pour Un simple accident.
C’est comme si l’auteur de No Bears (Aucun ours / Khers nist) s’avouait vaincu par un cinéma audacieusement plus traditionnel.
Car il faut l’avouer, ce dernier petit-grand chef-d’œuvre opte pour le réalisme concret, brut, là où l’irrationalité rejoint la fiction dans un parfait tour de passe-passe.
Pourtant, dans ce cas-ci, on assiste, du moins on se l’imagine, à une sorte de nouvelle voie dans le cinéma de Jafar Panahi. Moins métaphorique, symbolique, dépourvu sans aucun doute d’autoréflexion, de détours malicieux, de sauf-conduits qu’on crée de toute pièce pour échapper à la censure ou au simplement refus de tourner.
Le film a été tourné en Iran malgré tout, dans toute la clandestinité, du moins c’est ce qu’on dit. Mais quelque chose nous laisse croire que les dirigeants étaient au courant, mais ont fermé les yeux, conscients que les films iraniens connaissent une notoriété dans tous les pays du monde, même ennemis, et que cela est une atout majeur pour la culture du pays. C’est du moins ce que nous supposons.
Un scénario digne de thriller/drame psychologique/film de vengeance et autres récits connexes. Mais entre les mains de Panahi, une idée du cinéma, un rapport au plan, au cadrage ; comme souvent, le ratio d’image 1.85 : 1, est utilisé comme pour soutenir l’engrenage dont il est question, l’emprisonnement des idées, peut-être déformées par ces individus formant une bande à part à la recherche d’un coupable.
Les forces de « l’ordre » et les arrangements possibles.
Et voilà que nous prenons conscience que le cinéaste ne peut se résoudre à éviter la métaphore politique. Mais ici, un miracle s’accomplit, les langues se délient, les arguments sont délibérément et directement prononcés – on est quand même en plein lieu désertique où tout peut se passer et tout se dire.
Venant de Panahi, un humour particulier, sournois, sarcastique, d’un cynisme qu’on applaudit ; du coup, il serait prêt à toutes les éventualités pour arriver à soutenir sa thèse selon ses propres principes. Nul doute que Jafar Panahi ne peut échapper au film discursif, mais où dans le même temps, les personnages, comme pris par un élan de réaction intuitive, de par leurs classes sociales ou encore tradition culturelle, ne voient d’autres issues que de réagir abruptement. En quelques mots, « avoir le cran » de reprendre le dessus, quelle que soit la forme engagée.
Si le film débute par un plan-séquence magistral d’une simplicité bouleversante, l’écrasement d’un chien en pleine route, le titre du film renvoit plus tard à un acte, ou des actes, commis au cours du récit et qui rejoignent inlassablement la séquence initiale avec une volonté de continuité exemplaire, comme un autre « simple accident ».
[ … ] ce plan final, inoubliable, hallucinant, sensible et émouvant, tranchant avec nos superficielles présomptions. Panahi, dans toute sa logique, ne fait que répéter que cela n’a guère d’importance. Puisqu’au fond…
C’est ainsi qu’est fait le cinéma de Jafar Panahi. Montrer quoi qu’il en coûte les répercussions d’un régime corrompu sur la vie des gens ordinaires et bien entendu, des intellectuels. Ces mêmes protagonistes, eux et elles aussi, s’organisent clandestinement selon leurs convictions.
Véritable ‘Theo Angelopoulos’ du cinéma iranien, mais avec plus d’entrain, Panahi persiste et signe un film qui s’ajoute à une œuvre d’une humanité explosive, déconcertante, mais empreinte dans le même temps d’une puissante valeur morale et de candeur d’âme d’une fraîcheur absolue.
Digne de mention, aucune bande sonore dans ce film, simplement un magnifique travail au son, briguant le réalisme vorace de la ville et le bruit allégorique et imagé du silence des lieux désertiques.
Comme ce plan final, inoubliable, hallucinant, sensible et émouvant, tranchant avec nos superficielles présomptions. Panahi, dans toute sa logique, ne fait que répéter que cela n’a guère d’importance. Puisqu’au fond…
Scénario : Jafar Panahi. Direction photo : Amin Jafari. Montage : Amir Etminan. Son : Valérie Deloof, Reza Heidari, Nicolas Leroy.
Genre(s) Drame Origine(s) France / Iran Luxembourg Année : 2025 – Durée : 1 h 45 min Langue(s) V.o. : farsi; s.-t.f. & s.-t.a. It Was Just an Accident
Yek tasadof-e sadeh
Jafar Panahi
Dist. @ Entract Films Contact @ [ Elevation Pictures ]