Black Zombie
P R I M E U R
Sortie
officielle
Vendredi 02 octobre 2026
Le documentaire retrace l’origine et l’évolution des zombies, depuis les traditions spirituelles haïtiennes jusqu’à leur statut d’icônes du cinéma d’horreur hollywoodien.
ANGLE
| CRITIQUE |
texte : Pascal Grenier
★★★ ½
Derrière le monstre,
l’héritage de l’esclavage

Avec Black Zombie, son premier long métrage documentaire, la réalisatrice afro-caribéenne-canadienne Maya Annik Bedward propose une relecture historique et culturelle d’une des créatures les plus emblématiques du cinéma d’horreur. En remontant aux origines haïtiennes du zombie, bien avant qu’il ne devienne cette figure décharnée et mangeuse de chair popularisée par Hollywood, la cinéaste cherche à rétablir une vérité occultée par des décennies de représentations occidentales. Car derrière le monstre se cache une histoire autrement plus troublante, intimement liée à l’esclavage, au colonialisme et à la déformation des traditions spirituelles noires.
Le documentaire établit ainsi un parallèle entre la zombification et la condition des esclaves, privés de leur liberté, de leur identité et de leur autonomie. Dans le vaudou haïtien, le zombie n’est pas nécessairement la créature sanguinaire que l’on connaît, mais plutôt une métaphore de l’asservissement et de la dépossession. Bedward s’intéresse notamment à la manière dont cette figure, initialement porteuse d’une mémoire collective et d’une histoire de résistance, a été récupérée, dénaturée et transformée en objet de fascination horrifique par la littérature et le cinéma occidentaux.

Quelque chose de culturel plutôt que cinématographique.
Une démarche qui s’inscrit également dans une quête personnelle de la réalisatrice, désireuse de renouer avec un héritage ancestral que la traite transatlantique a contribué à effacer.
Pour illustrer son propos, Black Zombie revisite plusieurs œuvres marquantes, de White Zombie à Night of the Living Dead, tout en donnant la parole à différents historiens, artistes et spécialistes du genre, dont Tom Savini, Slash et Yves-Grégory François. Si certaines interventions apportent un éclairage pertinent sur l’évolution de la figure du zombie dans l’imaginaire collectif, d’autres paraissent moins essentielles, particulièrement pour les cinéphiles familiers du genre. Le film a d’ailleurs tendance à s’éparpiller entre les témoignages, les images d’archives et les séquences tournées dans un esprit de cinéma vérité, au risque de perdre momentanément de vue son véritable sujet.
Malgré une structure parfois décousue et un manque de concentration sur sa thèse centrale, Black Zombie demeure un documentaire instructif, qui apporte un éclairage historique et identitaire rarement exploré avec autant d’insistance dans le cinéma de genre.
L’un des passages les plus intéressants concerne toutefois The Serpent and the Rainbow de Wes Craven, dont l’approche sensationnaliste des pratiques vaudoues haïtiennes est sérieusement remise en question. Adapté librement de l’ouvrage non fictionnel de l’anthropologue et ethnobotaniste canadien Wade Davis, le film d’horreur, pourtant efficace dans son registre, est ici confronté aux réalités culturelles et spirituelles qu’il contribue à déformer. Cette remise en perspective permet de mieux comprendre les conséquences durables de telles représentations sur la perception occidentale du vaudou.
Malgré une structure parfois décousue et un manque de concentration sur sa thèse centrale, Black Zombie demeure un documentaire instructif, qui apporte un éclairage historique et identitaire rarement exploré avec autant d’insistance dans le cinéma de genre. En dépassant le simple inventaire des films de zombies, Maya Annik Bedward rappelle que les monstres les plus terrifiants ne sont pas toujours ceux que l’on retrouve à l’écran, mais parfois les héritages historiques que l’on préfère oublier. Un essai culturel pertinent, même s’il aurait gagné à resserrer son propos pour en accentuer la portée.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Maya Annik Bedward
Scénario : Maya Annik Bedward. Direction photo : Ricardo Diaz, Duraid Munajim. Montage : Jay Cheel, Peter Danes, Lawrence Jackman, Avril Jacobson. Musique : David Arcus.
Genre(s)
Documentaire
Origine(s)
Canada
Année : 2026 – Durée : 1 h 30 min
Langue(s)
V.o. : mixte ; s.-t.a.
Black Zombie
Distributeur
Kino Lorber
Contact info.
[ Raven Banner Releasing ]
Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Musée ]

Maya Annik Bedward
Crédit : @ IMDb
Classement
En attente
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
