2001. Première année du nouveau siècle, parce tout commence par « 1 » et non pas par « 0 ». Pour la culture québécoise en matière de danse contemporaine, il faut renouveler la forme, le mouvement, le récit, ne plus les associer à des anciennes valeurs. Pour Daniel Léveillé, c’est la proposition audacieuse et courageuse d’une chorégraphie qui dépasse le regard déjà confortable du spectateur.Suite
| Zoonation The Kate Prince Company | Sadler’s Wells + Universal Music UK
CRITIQUE [ Danse ] Élie Castiel
★★★
Pour le simple plaisir
de se trémousser
Les inconditionnels de Danse Danse ne peuvent rater un spectacle de la Zoonation, dont les chorégraphies de Kate Prince allient, en quelque sorte, diverses disciplines de la danse.
Dans le cas de Message in a Bottle, alimenté en outre par certaines chansons du célèbre Sting, la rue s’invite avec des variations tenant du street dance, hip hop, break dancing, quelques évocations de la danse classique, du ballet jazz, à l’ancienne et au post-moderne et allez voir quoi d’autre.
Certes, une explosion de gestes et de mouvements qui ne cessent d’occuper la grande salle du complexe Place des Arts, nulle autre que la Wilfrid-Pelletier. Deux parties, entrecoupée par un entracte. Le décor du deuxième acte presque identique au premier avec des accessoires dans des endroits différents. Un lieu inventé pour donner corps à la proposition qui suggère les notions de peur, de perte, de rapprochement et d’autres variations sur la condition humaine.
Une énergie intense. Crédit : Lynn Thelsen
Un crédit bien mérité à Anne Fleischle pour la conception des costumes où le pastel côtoie allègrement le gris diaphane. Des habillements également au profit d’un concept non genré (ou presque), surtout vers la fin.
Comme chaque spectacle, le programme nous éclaire sur la proposition dont il est question. Inutile de la prendre trop au sérieux si on n’est pas adepte à comprendre la signification de tel ou tel mouvement.
Les membres de la troupe, c’est évident, projettent un plaisir fou à entreprendre cette aventure chorégraphique où musique populaire et art du mouvement se dressent en complices accomplis et visiblement heureux.
Le pas de deux ne s’invente plus, mais implique deux hommes ou deux femmes, ou dans la plupart des cas, un couple mixte. Encore une fois, la danse participe de cette légitimité et officialisation des minorités sexuelles, mieux dit du mouvement LGBTQ+. Un retour en arrière est impensable. Et c’est tant mieux.
Les membres de la troupe, c’est évident, projettent un plaisir fou à entreprendre cette aventure chorégraphique où musique populaire et art du mouvement se dressent en complices accomplis et visiblement heureux.
Le programme indique que Message in a Bottle est « l’histoire fictive d’une famille ». Vraiment ? Tout porte à croire que le message est universel. On sort de ce spectacle comblé.
FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE Chorégraphie Kate Prince
Interprètes Corps de ballet de la compagnie Décors Ben Stones Éclairages Natasha Chivers Costumes Anna Fleischle Musique Sting
Durée 1 h 50 [ Incluant entracte ] Public (suggéré) Tout public
En préambule, une audace que d’aucuns, comme c’est mon cas, jugeront pas si nécessaire même si les intentions sont louables et surtout sincères. La romancière Roxanne Bouchard, incarnée avec autant de fragilité dû à son métier que de valeurs d’esprit qu’elle implante aux personnages de son récit, par Sylvie De Morais, se présente au public en expliquant la proposition. Dommage. Il aurait fallu commencer en entrant dans le vif du sujet; cet intermède rompt, je pense, avec le côté dramatique d’un récit grave, austère, essentiel, nécessaire du moment où la dramaturgie québécoise n’est pas habituée à ce genre, sans doute en raison d’un public québécois majoritaire qui préfère la bonne humeur. Même dans les théâtres dits « alternatifs ». C’est ainsi.
Puis, changement de cap. François Bernier impose son univers guerrier, son champ de bataille, ses soldats et soldates qui ont vécu le pendant et l’après-Afghanistan avec tout ce que cela impose comme traumatismes, ces attitudes que nos amis anglophones appellent, selon l’usage, « gun-happy » et que l’on pourrait traduire par avoir « la gâchette facile ». Pour la survie, pour cette étrange sensation de porter une arme de combat, pour celui de ramener l’ennemi à l’ordre et simplement, moralement paradoxal, simplement tuer son prochain en se donnant des excuses « pardonnables », en toute conscience. C’est dans les principes de la guerre.
Maxim Gaudette et Sylvie De Morais. Saisir la réalité du front. Crédit : David Spina
Et puis, des confessions, qu’on taira par respect du récit (et envers le public). Un moment théâtral immense, bouleversant, hors du commun, cet état des sens privilégié où le regard (ce fameux gaze) se transforme en voyeurisme consommé, où l’ouïe, qui fait semblant de ne pas vouloir entendre, ajuste ses oreilles pour ne rien rater de ce qui se dit et se dira.
Cette complicité entre l’art de la scène et la salle constitue la pierre angulaire du théâtre : alors que la romancière qui prépare un écrit qui ressemble à un journal de guerre, se joint à des militaires pour qu’ils/elles lui expliquent ces moments d’égarement de la normalité quotidienne ; elle devient, ainsi, automatiquement, la mise en abyme théâtrale d’un jeu entre l’espace dramatique et la possibilité de jouer l’innombrable, ces espaces de l’indicible qu’on ne peut qu’imaginer sans pouvoir vraiment comprendre.
Sur le terrain, Bouchard/De Morais participe à un face-à-face virtuelle où les deux sensibilités se rapprochent dans une sorte de frénésie où ces huit corps de métier (blindés, fantassins… et les autres) expliquent qu’ils ne sont que les artisans d’un monde à part et pourtant si proche.
La mise en situation, l’éclairage, les accessoires aussi, les costumes surtout, participent de ce « jeu de guerre » impitoyable où toutes les confessions sont permises. Et le concept sonore, celui d’Antonin Gougeon-Moisan, d’une puissance d’évocation qui flirte avec le cinéma des grands films de guerre, de ceux qui ont compté, affectent miraculeusement nos oreilles dans le jeu de l’action, comme si on y était.
Avec l’Ukraine-Russie, le Moyen-Orient (Hamas/Palestine-Israël), l’Afrique et ses débâcles… tout ce qui se passe sur terre aujourd’hui ne peut conduire les mouvements culturels occidentaux que vers un rapport plus éclairé du le monde, aussi hostile et belligérant soit-il. Un retour en arrière, vers un lieu apaisé, est impossible.
La mise en situation, l’éclairage, les accessoires aussi, les costumes surtout, participent de ce « jeu de guerre » impitoyable où toutes les confessions sont permises. Et le concept sonore, celui d’Antonia Gougeon-Moisan, d’une puissance d’évocation qui flirte avec le cinéma des grands films de guerre, de ceux qui ont compté, affectent miraculeusement nos oreilles dans le jeu de l’action, comme si on y était.
Tous les comédiens et comédiennes puissants, totalement infus de théâtre, une relève québécoise (de souche) avec quand même quelques expérimentés quand même (Gaudette, excellent), tous projetés dans le feu du combat – et Éric Vega (il faut bien penser à cette fameuse inclusion qui fait encore des vagues). Mais cela est une tout autre histoire.
5 balles dans la tête Drame
FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE Texte Roxanne Bouchard Mise en scène François Bernier Assistance à la mise en scène Maxime Beauregard-Martin
Durée 1 h 40 min [ Sans entracte ] Public Tout public [ Déconseillé aux jeunes enfants ] Diffusion & Billets @ La Licorne [ Grande salle ] Jusqu’au samedi 6 avril 2024
ÉTOILES FILANTES ★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul. ½[ Entre-deux-cotes ]