Amour, acide et noix
@ Agora

| Daniel Léveillé |

CRITIQUE
[ Danse ]
Élie Castiel

★★★★

Le corps

ouvertement

désinhibé

Daniel Léveillé.
Crédit : Émilie Tournevache


2001. Première année du nouveau siècle, parce tout commence par « 1 » et non pas par « 0 ». Pour la culture québécoise en matière de danse contemporaine, il faut renouveler la  forme, le mouvement, le récit, ne plus les associer à des anciennes valeurs. Pour Daniel Léveillé, c’est la proposition audacieuse et courageuse d’une chorégraphie qui dépasse le regard déjà confortable du spectateur.

Le nu intégral, le corps dans son jour le plus initial, intrinsèque. Le corps se dévoile. Le regard est alors confronté à une remise en question autant inattendue que provocatrice. Et pourtant, il s’agit-là, comme certains ont pu le penser à l’époque, d’un geste politique. L’art de la diplomatie culturelle réinventée se manifeste dans tous ses états d’âme.

C’était à l’Agora. Et c’est encore le cas 23 ans après. Une salle comble, à craquer, sise à l’Espace rouge, qui peut quand même accueillir plus de spectateurs.

On parle de retranchement, de délaissement, de peur, de rapprochement des corps comme palliatif contre l’abandon abject.

Comme au premier jour, c’est ce que Léveillé nous offre comme parure corporelle. Il remet « à neuf » notre mode pensée. Ils éclaboussent les uniformes que nous portons. Un geste politique de sa part qui, en lieu de tous les conflits mondiaux qui sévissent de nos jours, propose plutôt une association de corps et d’esprits au profit d’une civilisation pas prête à disparaître.

Le corps sans voile.
Crédit : Julie Artacho

La signification du titre de la chorégraphie ne nous est pas si claire, mais qu’importe puisque le constat d’une libération de soi par le biais de la nudité totale nous paraît presque du domaine de la dystopie.

En entrée de jeu, on ne peut nier notre regard voyeur. Rien de nouveau à cela. Mais à mesure que les « pas de deux » non uniquement normatifs se précisent, nous accordons notre regard à l’anatomie humaine.

La distribution 2024, toujours composée d’une fille et de trois garçons, se donnent entièrement à cette œuvre de la chorégraphie québécoise d’une pérennité pertinemment inaltérable.

Le célèbre concerto baroque Les quatre saisons d’Antonio Vivaldi, ainsi que quelques pièces du répertoire contemporain réunissent chacun des mouvements dans une sorte d’enchaînement vers une norme jouissivement transgressive. Et soudain, comme par enchantement, tout cela nous paraît du domaine de la certitude.

La distribution 2024, toujours composée d’une fille et de trois garçons, se donnent entièrement à cette œuvre de la chorégraphie québécoise d’une pérennité pertinemment inaltérable.

FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE
Chorégraphie
Daniel Léveillé

Interprètes
Lou Amsellem, Jimmy Gonzalez
Marco Arzenton, Marco Curci

Décors
Ben Stones

Lumières
Marc Parent

Vidéo
Julie Artacho
Musique
Les quatre saisons, de Vivaldi

Durée
1 h

[ Sans entracte ]

Public (suggéré)
Interdit aux moins de 16 ans

Diffusion & Billets @
Agora

Jusqu’au 15 mars 2024
19 h

Le spectacle affiche déjà « Complet »

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]