2025 revue et corrigée
@ TRV

CRITIQUE
[ Scène ]

Élie Castiel

★★★ ½

 

Crédit : Ève B. Lavoie

Le nouveau directeur du TRV se présente humblement ; en fait, presque timidement, devant une foule de Première médiatique se noyant dans des applaudissements bien mérités.

Et pour cause, avec l’arrivée de Benoît McGinnis à la tête de cette salle mythique (on souhaite que dans ses nouvelles fonction, McGinnis poursuive son métier de comédien), le changement nous semble presque radical, dans le sens positif du terme. Une nouvelle génération de spectateurs, bien entendu sans oublier celles précédentes, des contenus de programmation inspirés en accord avec notre nouvelle société et tout ce que chaque nouveau départ soulève comme motivations.

 

Signes

d’un temps

nouveau

 

Mais la formule du revue et corrigée nous paraît imbattable, sauf que les créateurs de ce bye-bye annuel ont trouvé le concept juste : des sketches plus rapides, au diapason à notre style de vie, des imitations de personnalités de l’année qui s’achève pas nécessairement fidèle aux vrais visages abordés comme ce fut le cas ces nombreuses années. Une année épineuse dans tous les sens du terme.

Aujourd’hui, et 2025 revue et corrigée nous l’a démontré longuement au cours de la soirée. Cris de joie, d’enthousiasme et de folie partagés par un public conquis par une gang de mordus de la scène qui se moque de tout ce brouhaha politico-social. En fait, on se demandait constamment si cet engouement n’était pas, en fait, le résultat de ce vent nouveau plus que tout autre chose ? Pour les anciens, un vent de panique bien contrôlé atteint de nostalgie qu’il faudra remettre aux calendes grecques. Pour les autres, la victoire des temps présents, quels que soient ses qualités et ses (nombreux quand même) défauts.

Total, 29 numéros ; respecter un chiffre rond (pourquoi pas 30) c’est une affaire d’une autre époque. Des bouts très réussis, d’autres moins bien, d’autres profitant de l’espace scénique pour défendre une cause. Bref, un assemblage mordant, quasi-circassien, endiablé, s’en allant volontairement dans toutes les directions, comme la société d’aujourd’hui. Car si on y est, malgré tout, bien installé dans notre monde en dépit de nos petites crises existentielles qui s’y apparentent, on peut suivre cette nouvelle tendance incarnée par cette revue annuelle.

Crédit : Ève B. Lavoie

Un certain dénommé D. Trump (imitateur, bien sûr) s’empare fréquemment de la scène, laisse la place à d’autres personnalités, le temps de se ressourcer et de revenir à gros pas. Les publicités à la télévision, comme celle de ces « bobettes » Manmade (caleçons ou boxers pour gars), ainsi que celle-ci accordée à Rona (un best-seller dans nos achats) ont séduit (les soutien-parties-intimes surtout).

Antoine Bertrand, Prince malgré lui de l’écran québécois, faisait partie des personnalités imitées. Grand moment de scène, mais dans le même temps, il est impossible pour le critique engagée de ne pas penser à l’esprit box-office auquel l’industrie locale (surtout du côté cinéma) mène à bien sa stratégie en ce qui a trait à Bertrand. Car revue et corrigée a ceci de particulier qu’en dehors des sketchs eux-mêmes, notre esprit ne cesse de divaguer vers d’autres terrains associés.

Les boys de la CAQ nous ont séduit par leurs velleités d’une autre époque qui, en ce moment, leur fait perdre des ailes. On reprend les bobettes de Manmade. Était-ce nécessaire, même si ça atteint notre sourire ?

Un assemblage mordant, quasi-circassien, endiablé, s’en allant volontairement dans toutes les directions, comme la société d’aujourd’hui. Car si on y est, malgré tout, bien installé dans notre monde en dépit de nos petites crises existentielles qui s’y apparentent, on peut suivre cette nouvelle tendance incarnée par cette revue annuelle.

Six Trump apparaissent comme par magie. On aurait pu, à la place, aborder le conflit Hamas-Israël, avec ses atrocités d’un côté comme de l’autre. Mais on peut comprendre : c’est une situation complexe et prendre parti pour tel ou tel bord peut s’avérer idéologique, politiquement dangereux et compliquer les choses encore plus. Sans oublier la réaction de la salle que l’on devine qui peut, elle aussi diviser.

Le numéro Duhaime est vraiment drôle. Il essaie toutes les combinaisons pour être admis à la Chambre. Vous verrez. Le patron d’Air Canada parle toujours un français très discutable. Boucar et la culture a épaté la galerie : fines pointes d’humour, belle assemblée de personnages. Pour éviter un autre Trump tannant, on a recours à sa porte-parole, la Leavitt. Rien à ajouter : c’est bien elle. Et bien entendu, la STM et ces innombrables grèves parsemées selon les caprices du moment.

Un 20e anniversaire du Bye-Bye-Rideau-Vert qui sera sans doute totalement revu et corrigé pour son 21e anniversaire, alors qu’il entre officiellement dans « l’âge adulte ».

FICHE PARTIELLE DE CRÉATION

Textes
Mathieu Bouillon, Nicolas Forget

Luc Michaud, Dominic Quarré
Odrée Rousseau
Script-édition
Luc Michaud
Mise en scène
Natalie Lecompte
Assistance à la mise en scène
Pascale d’Haese

Interprètes
Pierre Brassard, Benoît Paquette
Monika Pilon, Marie-Ève St-Martin
Catherine Souffont-Darbouze

Crédit : Martin Girard (Shoot Studio)

Scénographie & Éclairages
Nicolas Ricard

Costumes
Suzanne Harel

Musique
Christian Thomas

Chorégraphies
Maud Saint-Germain

Durée
1 h 45 min
[ Sans entracte ]

Public (suggéré)
Tout public

Diffusion & Billets
TRV
Jusqu’au 10 janvier 2026
(incluant les Supplémentaires)

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Côté Danse
@ Place des Arts

CRITIQUE
[ Danse ]

Élie Castiel

★★★★

 

Crédit : Sacha Onyschenko

Les troublants jeux d’éclairages y sont pour quelque chose dans cette chorégraphie sur les changements climatiques telle que créée par l’incontournable Guillaume Côté, artiste de la capitale nationale. La métaphore politique, par le biais de la danse, prend des allures d’apaisement malgré la gravité du sujet. Côté ne désespère pas ; au contraire, ses interprètes, totalement immergés dans un espace-danse qui ne laisse aucun recours aux velléités extérieures, ne jurent que par le mouvement, le rythme, le plaisir de danser, conscient, faut-il en convenir, du thème dont il est question, mais également submergés par un esprit d’équipe, ou mieux dit, d’un rapport de force entre la proposition du chef-chorégraphe et leur propre interprétation.

Carmin

profondSuite

Les passages de Garro
@ TNM (Salle Réjean-Ducharme)

CRITIQUE
 [ Scène ]

Élie Castiel

★★★

Faut-il tout encenser, qu’il s’agisse d’un film, d’un spectacle sur scène ou tout ce qui nous passe par la tête dans le domaine de la culture ? Pour encourager la création ou encore ne pas trop tenir compte des légères failles observées par-ci, par-là et qu’une partie de l’auditoire ne remarque même pas.

Avec Les passages de Garro, nous découvrons, du moins en ce qui nous concerne, la voix de Margarita Herrera Domínguez, autre parce que migrante, mais intégrée dans la québécitude d’aujourd’hui, de plus en plus frontale, exerçant une pression comme jamais auparavant pour inscrire sa particularité à jamais, sans menace extérieure. Geste politique.

Se produire au TNM, certes dans la salle intime, mais peu importe. C’est un grand pas lorsqu’il est question de franchir les portes d’une grande institution théâtrale montréalaise qui, entre autres lieux culturels du même type, projette cette soif d’exister devenue modus operandi idéologique.

Cris

de

femme(s)Suite

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