4.48 Psychose

CRITIQUE.
[ Scène ]

★★★★★

texte
Élie Castiel

Genèse d’un

départ annoncé

Une fin de saison éclatante au Prospero. Jamais mise en scène et performance ne furent aussi proches que dans ce texte intraitable, intransigeant, qui se cache malicieusement pour que personne ne puisse le saisir. Car il est propre à Sarah Kane et ne répond que d’elle. Intime, bouleversant, cryptique. Encore une fois, capricieusement insaisissable.

La traduction de Guillaume Corbeil rejoint admirablement une nouvelle langue, entre le franco-français et le québécois, une langue réinventée amoureuse des mots, des subtilités, des nuances de cette langue qui aime les sous-entendus. Pour sa part, Sophie Cadieux connaît bien les rudiments de l’art d’interprétation qui consiste à ce qu’à chaque fois, on habite un nouvel univers. Qu’à chaque fois, le corps s’approprie de nouvelles empreintes. La scène lui appartient, mais la scène se défend elle-même comme si elle tenait à rester pure, sans entraves. Mais grâce à un concept plus grand que nature, elle se laisse amadouer car le texte de Kane est littéraire et non pas théâtral. Le transposer dans l’espace scénique, c’est lui donner une seconde nature.

Extérioriser une force intérieure par la beauté initial du geste.
Crédit : @ Nicolas Descôteaux

Nous sommes littéralement happés par cette scénographie qui, d’une part, exhibe ses extrêmes, de l’autre, succombe aux caprices de la comédienne, prise dans divers états de gravitation, de suspension, de liberté et d’emprisonnement. Elle dramatise, tâte le tragique, se permet des sautes d’humeur bien particulières. L’humour est du jamais vu auparavant. On sourit, on jubile aussi, intérieurement. On demeure curieux de ce que sera la suite. Cadieux domine la scène, comme celle-ci tentait de la surpasser. Peu à peu, s’opère un jeu de correspondances entre la mise en scène de Florent Siaud, contrôlée, furieusement intransigeante, immuable dans son existence, mais en même temps complice avec le jeu intrépide de Sophie Cadieux. Une symphonie (de la racine grecque qui veut dire « accord », « harmonie ») entre les intentions et les gestes, entre l’illusion et la parole.

Et le spectateur dans ce voyage hors du temps? Soit qu’il se démène sans cesse pour essayer de résoudre l’énigme d’un texte indécelable. Ou au contraire, finit par comprendre que ce voyage dans l’inconscient, dans les méandres de la psychanalyse ne sont après tout que les préparatifs immuables d’une mort annoncée. Lumineux, même à l’intérieur de ses ombres diaphanes.

Cadieux, ici la femme sans nom, saisit les moments, les contresens issus d’une âme désespérée, perdante, qui, de cris en chuchotements, anoblit le geste irréversible tout en lui imposant sa propre morale.

Et le spectateur dans ce voyage hors du temps? Soit qu’il se démène sans cesse pour essayer de résoudre l’énigme d’un texte indécelable. Ou au contraire, finit par comprendre que ce voyage dans l’inconscient, dans les méandres de la psychanalyse ne sont après tout que les préparatifs immuables d’une mort annoncée. Lumineux, même à l’intérieur de ses ombres diaphanes.

[ Voir entrevue avec Florent Siaud et Sophie Cadieux ici. ]

ÉQUIPE PARTIELLE DE CRÉATION
Texte
Sarah Kane

Traduction
Guillaume Corbeil

Mise en scène
Florent Siaud

Interprète
Sophie Cadieux

Scénographie / Costumes
Romain Fabre

Éclairages
Nicolas Descôteaux

Concept sonore
Julien Éclancher

Vidéo
David B. Ricard

Production
Les songes turbulents

Durée
Environ 1 h
[ Sans entracte ]

Diffusion @
Prospero
[ Scène principale ]
Jusqu’au 22 mai 2022

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

La chair de Julia

CRITIQUE.
[ Scène ]

★★★★ ½

texte
Élie Castiel

Étrange titre que La chair de Julia. Aussi bien parler de son corps, de son esprit, de son imagination, de son être en tant que femme et comédienne; un voyage dans le temps après une quinzaine d’années d’absence. Théâtre et télévision, et au cinéma, ne l’avions pas vue évoluer admirablement dans Les beaux souvenirs (1981) de Francis Mankiewicz, ou encore dans Mourir à tue-tête (1979) ou Salut Victor (1989), tous les deux d’Anne-Claire Poirier?

Dans ce projet théâtral d’une grande originalité, une tribune, comme s’il s’agissait d’une profession de foi. Comme si du coup, alors que les années passent, il fallait coûte que coûte renouer avec la scène, ces quelques dernières années secouée par un vent de « relève » et de « diversité » incontrôlable. Les hasards du facteur sociopolitique et culturel sont ainsi faits.Suite

Cher Tchekhov

CRITIQUE.
[ Scène ]

★★★★ ½

texte
Élie Castiel

Pièce (in)achevée

pour piano mécanique

Soir de Première médiatique (et du milieu théâtral) avec un lever de rideau retardé de 30 minutes. Des manifestants, des nouveaux millénariaux (certains préfèrent milléniaux) revendiquent à l’extérieur pour un TNM plus actuel, débarrassé de son élite, plus proche du peuple. Serge Denoncourt leur donne la parole à l’intérieur. Ils sont une vingtaine. Leur porte-parole s’exprime. Après une courte  ‘homélie politique’, on nous distribue un tract d’où l’on retient « TNM veut dire Théâtre du Nouveau Monde mais le théâtre n’est presque plus qu’un gentil divertissement pour une élite pas populaire pour un sous pour du monde assis à des places à cent dollars… » Le pamphlet cite aussi, entre autres, Jean-Pierre Ronfard qui en 1985 met en évidence un constat selon lequel « Une confusion très gênante entre culture et création s’est développée ( … ) On est bien forcé de constater qu’actuellement les grands metteurs en scène consacrent l’essentiel de leur talent et de leurs énergies à monter des œuvres de cultures. ». Peut-on s’attendre à une suite?

Fruit du hasard? Long préambule, mais essentiel pour mieux saisir l’importance de cette création de Michel Tremblay qui, justement, accentue le poids de la création « libre » dénuée de toute influence extérieure. Politique, sans doute, en sachant comment lire ces références enfouies, les entre-lignes des propos des personnages dont il est question, les sous-entendus. De cette mise en abyme prodigieuse entre l’alter ego de Tremblay et les protagonistes d’une pièce en gestation, un cours de théâtre, la création qui s’affirme et s’assume, intime, personnelle, correspondant aux rapports que l’auteur entretient avec la feuille blanche.Suite

1 44 45 46 47 48 86