La question n’est pas de savoir si on adhère ou pas à la proposition. Dans le cas des « Scènes contemporaines », force est de souligner que la véritable mission des divers artistes est de se prononcer sur l’état du monde par le biais d’une déconstruction des divers modes de la représentation. Dans un sens, absence de narration, mise en scène se situant entre l’expérimentation et le caractère sublime de l’imaginaire, quitte à déranger, provoquer ou même désorienter.Suite
Trois chorégraphes bien choisis pour la circonstance, trois propositions, dont deux de 2019 et l’autre de 2010. Un retour dans le temps, d’autant plus important pour les Montréalais que la présence d’Édouard Lock avait quelque chose de significatif. S’il a abandonné les rives québécoises pour l’étranger, est-ce par souci d’une meilleure reconnaissance? Sans doute puisque certains cinéastes et des femmes (et surtout des hommes) de théâtre le font. À moins que les arts de la scène, quelle que soit la discipline, possèdent ce « je-ne-sais-quoi » d’universel. Et c’est tant mieux car à partir de cette juxtaposition de l’expression artistique, le concept de « diversité » s’assume par défaut.
Avec Trick Cell Play (2019) première partie de la soirée, quelque chose de volontairement répétitif, d’insistant, autant dans les partitions musicales que dans les gestes. Mais les danseuses et danseurs de la São Paulo Companhia de Dança ajoutent cet engouement rythmique entre tradition venue d’Afrique et danse moderne occidentale. Les corps, presque parfaits, s’enchaînent, se délient l’un de l’autre, pour ensuite former une sorte de cavalcade de la gestuelle, des sens et de ce rapport charnel au corps. Musicalement, Gavin Bryars déploie son imagination au profit d’une chorégraphie d’une exigence appliquée.
Lorsque la compagnie présente Édouard Lock lors des applaudissements, je remarque un peu partout autour de moi qu’on ne semble pas vraiment le connaître. On cherche vite dans les cellulaires et le tour est joué. Les encouragements de la salle s’agitent alors pour donner libre cours à l’enthousiasme.
L’oiseau de feu. Crédit : Danse Danse
Ensuite, après l’entracte, une pièce sensible, Agora, du chorégraphe Marco Goecke, morceau certes court, mais pris d’un élan magique quant à l’élégance des mouvements, la délicatesse des costumes, mais surtout la symbiose entre les danseurs qui semblent tenir sur une corde raide qu’ils défient à chaque seconde près. Déconstruire Stravinsky peut parfois avoir des résultats surprenants. C’est délirant, nouveau, prenant des risques calculés.
Agora. Crédit : Danse Danse
Et comme on s’y attendait, L’oiseau de feu, de la Brésilienne Cassi Abranches, pour qui le mouvement purement physique délaisse provisoirement le cérébral; l’inné dans cette partie du monde, tant dans la tradition de la musique rythmée aux sons afro-cubano-brésiliens qu’à la samba traditionnelle assume sa condition démocratique. Sebastián Piracés ne va pas de main morte avec ses sonorités aussi modernes qu’ancestrales. Un dessert qu’on déguste savoureusement avec l’envie de danser et de s’éclater. Pour le corps de ballet, du bonbon après deux pièces chorégraphiques plus exigeantes. La preuve : comme toujours, mais cette fois-ci c’est bien mérité, le fameux standing ovation n’attend pas de se faire attendre. Parfois, il est bon que des compagnies de danse contemporaine n’hésitent pas à utiliser les rythmes populaires.
Un retour dans le temps, d’autant plus important pour les Montréalais que la présence d’Édouard Lock avait quelque chose de significatif.
Durée 1 h 40 min [ Avec entracte ] Diffusion @ Place des arts [ Théâtre Maisonneuve ] Jusqu’au 09 avril 2022 [ Interprètes selon la journée ]
ÉTOILES FILANTES ★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★Mauvais. 0 Nul. ½ [ Entre-deux-cotes ]
Tout d’abord une écriture, une plume ciselée, celle de Fabrice Melquiot, également metteur en scène, interprète et essayiste aguerri. Bref, quelqu’un qui se prête à corps perdu sur ce qui implique l’intellect.
Le titre anglophone de ce récit intentionnellement et farouchement exsangue n’est pas une trahison à la langue de Molière, mais une tentative de s’impliquer dans une certaine Amérique, l’intellectuelle, celle de ces individus en constante crise existentielle, défiant par là-même les mythes fondateurs d’un large territoire qui ne cesse de se redéfinir, voire de revendiquer le lieu, l’instant, le moment où la mémoire ou son manque, le souvenir et son absence oblige à déblatérer.
Elle est seule sur scène, Jodie Casterman, au chevet de son père mourant. Elle va dévoiler à chacune et à chacun dans l’auditoire les secrets de ses origines. Une confession qui ressemble plus à une autothérapie à la cadence des mensonges et des vérités que lui administre son cerveau. Elle se défend bien, se perd à l’intérieur de ces mondes qu’elle s’invente, ou peut-être pas.
La scène, plutôt un décor unique qui s’approche du néant, le blanc domine et s’accapare du Prospero, ce théâtre intime devenant quasi-victime de l’écrit de Melquiot et des agissements de l’unique interprète. Une glacière (frigo) commerciale où « siègent » quelques bouteilles (eau et autres), des mandarines… On saura plus tard que ce grand objet banal vient peut-être d’un autre monde. Ne pas oublier les chaises de fortune qu’on peut utiliser comme des ballons de jeu puisqu’elles ne peuvent jamais être brisées.