Sans rien forcer

CRITIQUE.
[ Danse ]

★★★★

texte
Élie Castiel

Le corps

démocratique

Les alternatives en danse contemporaine, du moins si l’on en juge par les innovations propres au groupe Tangente (on pourrait ajouter celles, radicales, de La Chapelle – scènes contemporaines) se situent dans une perspective quasi politique du corps physique.

Ces affirmations si chères à nos artistes/intellectuels anglo-saxons de la deuxième moitié du siècle dernier se sont exprimées par le biais de The Body Politic, mais le dénuant de sa définition première, refusant tout aspect hiérarchique, le faisant libre, actuel, propre à tous les individus, mais plus que tout, offrant une liberté d’expression culturelle sans préjugés ni préacquis. Il y a quelque chose de ce « corps politisé » chez Hélène Remoué.

Mais le nouveau millénaire, lui, renvoit à une totale réappropriation du corps, refusant  les querelles de clocher, quitte à renoncer à des considérations esthétiques, autrefois indispensables, et à débaucher positivement sans doute l’esprit chorégraphique. La physicalité en danse actuelle s’exprime par de multiples formes de la représentation. Il y a chez Remoué quelque chose d’organique, de viscéral, de proche des spectateurs et spectatrices, notamment jeunes, voire même millénariaux, qui comprennent absolument ce que ces mouvements exprimés veulent dire.

L’urgence de se réapproprier le corps physique.
Crédit : @ Vanessa Fortin

Cara Roy investit la scène dans un espace qu’elle limite comme s’il s’agissait d’un plan cinématographique frontal immuable. En trente minutes que dure Sans rien forcer, elle s’emploie surtout à rendre compatible le mouvement avec la trame sonore invincible, par moments désespérée, du coup électrisante, d’une farouche énergie, signée Pierre-Luc Senécal. Entre la trame sonore et la danse, le corps exprime ses multiples propositions, coups de rage, rapport à soi, lien avec l’espace, symbiose entre le moment et l’infini. Aucun message social, aucun geste politique si ce n’est que celui de finalement libérer son esprit de toutes contraintes. N’est-ce pas dans l’air du temps?

Cara Roy investit la scène dans un espace qu’elle limite comme s’il s’agissait d’un plan cinématographique frontal immuable. En trente minutes que dure Sans rien forcer, elle s’emploie surtout à rendre compatible le mouvement avec la trame sonore invincible, par moments désespérée, du coup électrisante, d’une farouche énergie, signée Pierre-Luc Senécal.

Cara Roy, encore une fois, ne recule devant rien pour faire face au public, comme si elle entretenait avec lui une sorte de champ-contrechamp chorégraphique. La proximité de la scène avec l’espace assis permet cette intimité quasi incestueuse. Comme le titre de l’œuvre en question l’indique, sans forcer la note, en toute sincérité.

Du coup, lorsque le dernier acte s’accomplit et que la lumière s’éteint, il faudra attendre quelques longues secondes avant que les applaudissements retentissent. Preuve comme quoi ces magnifiques minutes de « nouvelle danse » projettent admirablement l’écho voulu. Intellectuellement sublime.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Chorégraphie
Hélène Remoué

Interprète
Cara Roy

Musique
Pierre-Luc Senécal

Scénographie

Léo Gaudreault

Éclairages
 Léo Gaudreault
Flavie Lemée

Coordinatrice technique
Flavie Lemée

Durée
30 min

[ Discussion avec l’équipe après chaque représentation ]

Diffusion @
Tangente
Jusqu’au 13 février 2022

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Ballet BC

CRITIQUE.
[ DANSE ]

★★★★

texte
Élie Castiel

 

Trilogie

des sens

Retour du Ballet BC avec trois œuvres au programme, dont une reprise de The Statement, signée Crystal Pite, que nous avions couvert en 2020 (ici.). Même enthousiasme des nouveaux danseurs et danseuses. Un don pour la théâtralité dont les voix off s’articulent avec économie hallucinante, au diapason d’une musique d’Owen Bolton quasi jouissivment aphasique. Un plaisir de revoir ce classique du répertoire-Pite.Suite

2021 revue et corrigée

CRITIQUE.
[ SCÈNE ]

★★★ ½

texte
Élie Castiel

Du renouveau

après le confinement

Tout d’abord le rideau de scène, pas le vert traditionnel, mais en Or éclatant, comme dans les vieux théâtres où régnaient le burlesque, la comédie grivoise, le spectaculaire, le tape-à-l’œil. Annonçant pour ainsi dire ce qui se cache derrière le tissu et qu’on découvrira bientôt. Déjà, belle stratégie de mise en scène. Le public est déjà conquis. En fait, le « nouveau » public.

Mais dès le départ, contraste, puisque l’approche est évidente : se rapprocher d’une nouvelle génération en rajeunissant les protagonistes. Bonne idée, mais qui, pour les spectateurs de la première heure, un peu désolés de ne plus voir ceux et celles auxquel(les) ils étaient habitué(es). Le temps passe.

Peu importe en quelque sorte. Impossible de ne pas évoquer les wokes (ils sont partout), les Élections, Robitaille, Damien comme prénom… Fred Pellerin et ses contes immémoriaux (peu d’exclamations dans la salle). On se demande pourquoi. Rita Baga, la Drag Queen… oui, aux réaction mitigées – le public d’ici n’est pas très à l’aise dans ce domaine. Bizarre pour un territoire national qui semble le plus ouvert d’esprit. Mais bon, passons à autre chose.

L’équipe des comédiens.
Crédit : Théâtre du Rideau Vert

Suite

1 49 50 51 52 53 86