En ce qui nous concerne, première incursion dans l’univers particulier de la chorégraphe Estelle Clareton. Entrée de jeu avec Bouleversement, une œuvre identique, rebelle même, se permettant divers détours dans la manipulation du corps. Entre l’extase et l’agonie, entre la réalisation d’une physicalité organique et un semblant de corporalité, pourtant très présent.Suite
Cet ailleurs, c’est le personnage créé par Alexandre Goyette il y a longtemps. Un blanc, époque oblige. Le film de Podz, contrairement à la pièce originale, multipliait les lieux de tournage et les rôles avec, dans celui de Dave, le dramaturge en question. Bref, une « vraie » fiction.
Inventer un personnage
venu d’ailleurs
Comme atout principal, un personnage hors-norme, hors-social, nourri d’incertitudes, de manque de confiance, accumulant les mauvaises fréquentations. De quoi alimenter la curiosité des spectateurs, la plupart du temps, tant au cinéma qu’au théâtre, attirés par les marginaux. Ils sont plus intéressants et ont beaucoup d’histoires à raconter. Comme quoi, la normalité peut être, comme nous disons ici, plate. Goyette était magnifique dans un rôle incontournable de la dramaturgie québécoise.
Mouvements contestataires et discours sans précédent sur la diversité plus tard, il n’est guère surprenant que la pièce subisse un lifting. Pour le dramaturge, céder un rôle capital, mais en même temps participer à la mouvance culturelle actuelle.
Anglesh Major, en toute bonne foi, s’empare de son personnage sans le voler à Goyette. Il en crée plutôt un, s’en tenant aux codes de l’éthique. Car entre le metteur en scène, Christian Fortin, et le comédien, quelque chose de magique entre la complicité habituelle et le partage des connaissances. C’est déjà quelque chose énorme d’accompli.
Reprise d’une création de 2018, nul doute résultat d’une programmation guidée par les exigences de la pandémie. Mais peu importe, les absents lors de la première mouture de ce spectacle peuvent se reprendre.
Une passion amoureuse au cœur d’une époque marquée par l’émergence constante de l’intelligentsia québécoise, comme au cours de cette inoubliable Nuit de la poésie, dans la salle de théâtre du Gesù, devenue, pour la circonstance, terrain politique. Pour les présentateurs, la prise en main de la parole, des mots, de la politique poétisée, car au Québec, même dans les affaires d’état ou dans les revendications justifiées ou non, tout se fait avec le cœur, passion et parfois même avec une naïveté touchante et jouissivement maladroite.
C’est ce qui distingue la mise en scène de ce spectacle où les noms des personnages sont ceux des comédiens eux-mêmes, formant pour ainsi dire une mise en abyme théâtrale où le jeu se confond à la réalité, archivée bien sûr par cet écran vidéo montrant des documents d’une autre époque; tout bien considéré, après tout, une ère pas si lointaine que ça.
Car lorsque Julien, la grande chanteuse apparaît pour dire les dernières paroles du Temps des vivants, « notre espoir est un oiseau… », les lumières s’éteignent. Le spectacle est fini. Pas de rideau de scène; dans l’espace nu du TDP, avec la moitié de la salle pleine, on revoit tout cela comme si la condition actuelle virale n’existait plus.