Succès un peu partout dans le monde pour ce spectacle, à l’origine, présenté off-Broadway, sans s’attendre à ce que son côté iconoclaste puisse atteindre un très large public.
Le Segal en a fait tout un plat, inaugurant la saison 2024-2025 dans la bonne humeur, supplantant pour ainsi dire les nombreux conflits politiques, les drames de Dame Nature et les « ismes » de toutes sortes. Résultat : une salle comble réagissant aux 18 chansons réunies pour le spectacle.
La mise en scène de Tye Blue refuse le traditionnel, l’approche conservatrice, préférant pourvoir le très beau et correspondant décor de Gabriel Hainer Evansohn et Grace Laubacher de quelque chose de magique, dans le sens le plus chaotique et spirituellement confus possible.Suite
Pour l’ensemble tonique des 7 Doigts de la main, il n’est pas question que l’immortelle histoire d’amour entre Roméo et Juliette finisse selon la tradition littéraire. Shannon Carroll impose une version personnelle selon laquelle l’amour triomphe de tous les maux. Et pour cause(s) : nouveau siècle, nouvelles valeurs sociales, mœurs différentes, libertés individuelles, absence d’ingérence des parents dans l’individualité des enfants.
L’espace scénique de la Tohu n’est pas circulaire pour Duel Reality ; au contraire il devient horizontal, séparant les spectacteurs du côté gauche ou droit ; des partisans des Bleus ou des Rouges, comme dans les matchs de hockey ou autres disciplines sportives. On ne peut être aussi adroit : le Sport est un gros vendeur depuis la Grèce antique ou les Arènes romaines.
Au début, il n’est pas très clair s’il s’agit bien de la tragédie de Shakespeare. Quelques minutes plus tard, le drame s’installe. Les yeux sont rivés sur la scène. Des numéros circassiens s’adaptent à la narration, une histoire d’amour et de passion archi-connue. Impossible de ne pas suivre autant les prouesses circassiennes que celles conflictuelles entre deux groupes opposés et amoureuses entre un jeune homme et une jeune femme, issus de maisons ennemies.
Qu’importe, les rivalités s’imposent, la course pour la continuité du sentiment amoureux devient un enjeu de vie ou de mort. Mais la mise en scène de Carroll se transforme en cohésion sociale, en entente entre groupes divergents – message on ne peut plus actuel.
Crédit : La Tohu
Mât chinois, pirouettes, aucun clown (merci, mon Dieu !), Hula-Hoops (retour aux années 60 du siècle dernier), un mélange sain d’époques et de lieux qui, tout en divertissant, préconise comme un arrêt du temps pour mieux envisager le futur. L’arbitre au centre sert à rapatrier les « rouges » et les « bleus », question d’éviter les émotions collatérales.
Soulignons le très bel apport musical de Colin Gagné. Vraiment entraînant ou sérieux, selon les circonstances.
Ce soir de première, exaltation dans la salle. Et puis une fin qu’on ne révèlera pas, sauf qu’elle a droit à une longue ovation debout (rien de nouveau dans les habitudes montréalaises !) de la part des spectateurs, confiants que malgré tout, « ça va bien aller ». Équilibré. Énergique. Divertissant.
FICHE ARTISTIQUE Mise en scène Shawn Carroll Éclairages : Alexander Nichols Costumes : Camille Thibaud-Bédard Musique : Colin Gagné
Durée 1 h 10 min (Sans entracte) Diffusion & Billets @ La Tohu Jusqu’au 17 novembre 2024 Public À partir de 7 ans
ÉTOILES FILANTES ★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul. ½[ Entre-deux-cotes ]
Reprise du spectacle présenté en avril à La Chapelle, presque même distribution, cette fois-ci Philippe Boutin remplaçant Étienne Lou. Un succès la première fois qui explique ce séjour de deux semaines dans un autre lieu emblématique de la création contemporaine.Suite