Dans notre cas, c’est la première fois que nous assistons à cette pièce de Michel Tremblay, créée pourtant en 1971, il y a donc 55 ans, et reprises quelques fois au cours des décennies.
À en juger par la mise en scène d’Henri Chassé, cette version actuelle augure fort probablement, ou du moins faut-il l’espérer, une sorte d’engouement envers une certaine forme de théâtre classique qui, tout en respectant ses origines, propose malgré tout une contemporanéité.Suite
C’est ce qui fait la magie et surtout l’originalité de ces Clown(s) que propose l’Opéra de Montréal comme deuxième spectacle de la saison. Cette fois-ci au Théâtre Maisonneuve, salle plus petite, mais intime en comparaison à la Wilfrid-Pelletier. Et c’est bien ainsi.
Dans le titre, le pluriel entre parenthèses comme pour suspendre le temps, donner l’opportunité à ces saltimbanques de la vie de s’organiser autour d’une sorte de rapport intime au social, devenu trop sérieux par les temps qui courent.
Puisque c’est ainsi, dans la joie, que l’on doit assister à ce spectacle qui rejoint d’autres disciplines artistiques, bien entendu l’univers circassien, notamment pour ses numéros de clowns, ces Pagliacci hautement appréciés par Federico Fellini qui en a fait un film. En fait deux sur le thème, puisque La strada, dans son spectacle de rue, manifestait en quelque sorte certaines de ces intentions.
Soyons directs, sans ambages. Les aspects qui restent gravés dans notre esprit dans ce Macbethdéconstruit, sans doute déjà inscrit dans l’Histoire de la scène québécoise comme l’un des plus intentionnellement cinglants ; un Macbeth fou, déambulant un peu partout, perdus dans l’espace scénique comme s’il réalisait qu’il existe, mais ne cédant à aucune directive extérieure.
De la part de notre Lepage national, rien de particulièrement innovant dans la mise en scène, mais toujours spectaculaire, et cette fois-ci, si l’on en juge par un début étonnant, fébrilement cinématographique – crédits sur rideau-écran de la pièce, descente magnifique sous l’eau d’une victime de… des moments de pur bonheur visuel qui annoncent une suite aussi phénoménale. Prologue aussi qui renvoit à la fin, un processus narratif utilisé surtout au cinéma. Tout en soulignant un extraordinaire jeu de miroir qui dédouble les personnages comme pour indiquer leurs forces et leur vulnérabilité.
Le Macbeth de Robert Lepage est-il compatible avec l’univers des motards ? – vrais motos sur scènes, tatouages intenses à profusion, tintamarre tonitruant du moteur, look des protagonistes, comportements virilisés… et une langue québécoise créée par Michel Garneau que la grande majorité de la salle ne comprenait pas – Non, même si, après des efforts de notre part, nous commençons à suivre les principaux évènements de ce récit shakespearien qui s’étire, s’étire et finit par interrompre notre attention.
Comme un miroir déformant. Crédit : Yves Renaud
On songe, comme ça, en abandonnant notre pensée, que Lepage aime surtout le cinéma (on le sait, il en a fait) et aurait peut-être voulu devenir un grand cinéaste. Mais bon, il est devenu un extraordinaire metteur en scène, et non seulement de théâtre, mais aussi dans le domaine de l’art lyrique. Songeons à son Wagner monumental il y a plus de dix ans pour le MET.
Un Macbeth fou, déambulant un peu partout, perdus dans l’espace scénique comme s’il réalisait qu’il existe, mais ne cédant à aucune directive extérieure.
Dans ce Macbeth, encore une fois, une mise en perspective-cinéma qui rappelle Rear Window (Fenêtre sur cour) tant ce Motel qui abrite seulement des motards sert de lieu de prédilection à cette horde sauvage où ils peuvent dormir en paix, jusqu’à ce que… En espagnol, le Alfred Hitchcock s’intitulait La ventana indiscreta (ce qui veut dire La fenêtre indiscrète) et dans ce cas-ci, c’est aussi de cela qu’il s’agit. La tragédie choisi le lieu des évènements majeurs du récit shakespearien.
Si Alexandre Goyette projette un Macbeth physiquement crédible, il n’est pas tout à fait à l’aise dans la gravité des rapports qu’il entretient avec l’extrême envie de pouvoir et la destinée funeste.
Le lieu de tous les possibles. Crédit : Yves Renaud
Mais deux noms de la scène parviennent habilement à nous épater. D’une part, Violette Chauveau, impériale, ici, comme prenant conscience qu’il faudra, en ce qui a trait à l’interprétation, combiner l’univers lepagien à la langue particulière de Garneau. Défi qu’elle gravite avec un bonheur des plus convaincants et une sensualité physiquement troublante. Et dans le rôle de Banquo, un Reda Guerinik, altier, terriblement physique, le regard des vainqueurs, québécois d’origine algérienne et qui, dans son jeu, il est clair qu’il l’enrichit, consciemment ou pas, de certains traits de son ascendance. Aussi robuste que bouleversant.
Le Macbeth-Lepage est égal au concept dramatique du dramaturge, mais celui de Garneau aurait pu se passer d’une langue aussi inacessible et qui sans doute se voulait poétique et fière de ses origines. Si l’on en juge pas certaines réactions ce soir de Première, elle provoquait quelques fous rires.
Une fin volontairement équivoque qui suscitera des sensations diverses chez chaque personne de l’assistance.
FICHE PARTIELLE DE CRÉATION Texte Shakespeare Traduction Michel Garneau Mise en scène Robert Lepage Assistance à la mise en scène Félix Dagenais
Interprètes Alexandre Goyette (Macbeth) Violette Chauveau (Lady Macbeth) David Boutin (MacDuff) Richard Fréchette (Duncan) Reda Guerinik (Banquo)
Décors Ariane Sauvé Costumes Michael Gianfrancesco Éclairages Kimberly Purtell Musique John Gzowski