Emilia Pérez

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 1er novembre 2024

RÉSUMÉ SUCCINCT
Surqualifiée et surexploitée, Rita use de ses talents d’avocate au service d’un gros cabinet plus enclin à blanchir des criminels qu’à servir la justice. Mais une porte de sortie inespérée s’ouvre à elle.

 

COUP de ❤️
de la semaine

 

CRITIQUE
Élie Castiel

★★★★ ½

Une femme

nommée

« désir »

Après l’émouvant Dheepan et le très abouti The Sisters Brothers, qui méritait un accueil encore plus favorable qu’obtenu, Jacques Audiard plonge à bras-le-corps (et le-cœur) dans la modernité à temps réel, au même temps que demeurant alerte aux principes de l’art de la mise en scène responsable, c’est-à-dire poser un regard investigateur sur divers genres traités au cinéma. Tel un maître qui réapprend les repères de sa profession.

Transgenre, queer, film de genre, comédie dramatique musicale, trafic de narcotiques, liens familiaux, camp, et encore, tout cela dans le fascinant Emilia Pérez, un mélange à l’air du temps où les minorités visibles sexuelles et marginales ne sont guère représentées à l’écran sous un jour démonisant. Et pourquoi pas ?

La mise en scène de Jacques Audiard, totale, rebelle, libre, subversive, décomplexée, se permet toutes sortes d’astuces, de fantaisies ; ses coscénaristes Thomas Bidegain et Léa Mysius, des experts dans le métier, ne lésinent pas dans les mots acerbes et du coup, émouvants de tendresse et d’affection ; l’humour est jaune, le mélodrame impose ses forces et ses faiblesses, les situations qui exaspèrent autant qu’elles nous font jubiler par leur intensité sont monnaie courante.

Une nouvelle interrelation qui pourrait devenir conflictuelle.

Ces moments inoubliables et éloquents permettent à un public fervent d’un certain Almodóvar de se régaler dans certaines séquences clé. Mais plus que tout, le jeune septuagénaire, fils du grand dialoguiste Michel A. n’a jamais paru aussi subversivement candide dans sa proposition. Il salue les nouveaux temps tout en les démolissant, s’assurant que c’est dans les bons endroits.

Il frôle parfois le grand guignolesque, se permet quelques passes de faux-semblants, expose ses grandes héroïnes, chacune d’elles chorégraphiant son propre style. Il les situe face-à-face non pas dans un match compétitif, mais à l’intérieur de champs/contrechamps apte à susciter ce reflexe narratif qui se nomme « qualité des dialogues ».

La caméra les filme avec une attention particulière, parfois les perdant de vue, ne serait-ce que pour nous donner un moment de répit. Et les hommes, bien entendu, présent, brutes et parfois très méchants ; Audiard ne les épargne pas, quitte à les démolir à sa façon.

Un film sombre, ensoleillé aussi, qui unit les paradoxes de ce qu’on raconte à l’écran, ces récits d’amour et d’opportunisme, de règles qu’on ne respecte plus, pour la réussite ou tout autre raison difficile à expliquer. En fait, ne serait-ce que pour la simple raison « d’exister ».

Une chose est certaine. Dans cet univers Audiardien, la normalité telle quelle n’est pas une option. Toutes les extravagances sont permises. Mais à condition que ces changements de vie se déroulent avec grâce et dignité, même si les conséquences peuvent s’avérer dramatiques.

Emilia Pérez est un film charnel, voluptueux, sensuel, érotiquement subversif, respire la sueur dans la peau, s’engage dans des chemins périlleux et raconte une et mille histoires qui, malgré leur complexité, finissent par ouvrir des horizons d’espoir, sans approche ringarde. Lumineuse plutôt face un 21e siècle déstabilisant. Et la partie musicale ne fait que souligner davantage la proposition.

Le prix cannois accordé à l’ensemble des comédiennes a évité le problème du favoritisme, puisqu’elles sont toutes formidables. Rien à dire sur ce plan.
La Palme d’or, toujours à Cannes, est allé à Anora, Dans mon cas, j’aurais préféré qu’elle aille à l’Audiard. Pour ce dernier, un OFNI (Objet Filmique Non Identifié) se perdant dans un réalisme déconstruit, comme si du jour au lendemain, il fallait rebâtir le monde.

Une chose est certaine. Dans cet univers Audiardien, la normalité telle quelle n’est pas une option. Toutes les extravagances sont permises. Mais à condition que ces changements de vie se déroulent avec grâce et dignité, même si les conséquences peuvent s’avérer dramatiques.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Jacques Audiard

Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Nicolas Livecchi;
d’après le roman, Écoute, de Boris Razon
Direction photo : Paul Guilhaume
Montage : Juliette Welfling
Musique : Camille Clément Ducol

Genre(s)
Drame musical
Origine(s)
France / Belgique
Année : 2024 – Durée : 2 h 12 min
Langue(s)
V.o. : anglais, espagnol; s.-t.a. / s.-t.f.
Emilia Pérez

Jacques Audiard

Dist. [ Contact ] @
Ēquinoxe Films
[ Netflix ]

Diffusion @
Cinéma Beaubien
 Cinéma du Musée
 Cinéma du Parc
 Cinémathèque québécoise

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Frères

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 1er novembre 2024

RÉSUMÉ SUCCINCT
L’histoire vraie de deux petits garçons de 5 et 7 ans qui, abandonnés par leur mère en 1948, s’enfuient dans la forêt. Ils vont y survivre pendant sept années et tisser un lien qui les unira à jamais.

CRITIQUE
Élie Castiel

★★★

Dans les bois

Quelques courts, un inédit ici, Baby Phone (2017) et un premier vrai long métrage, à notre avis, maîtrisé, bénéficiant de la présence de deux comédiens français incontournables, tous deux bouleversants. Et ne pas oublier celles des deux gamins Michel (Victor Escoudé-Oury) et Patrice (Enzo Bonnet) à 5 et 7 ans; puis Viggo Ferreira-Redier (Miche) et Fernand Texier (Patrice) entre 12 et 14 ans.

Mais c’est Yvan Attal et Mathieu Kassovitz qui s’emploient à illuminer l’écran, témoignant du passage du temps, de leur propre temporalité, des conséquences diverses d’une jeunesse parsemée par la vie.

Il y a, dans la réalisation de Casas, la création de divers univers, celui de la fin des années 40, après les évènements de la Seconde Guerre mondiale et le présent quelques années plus tard.

Une sorte de pacte avec l’irréversible.

Deux frères inséparables qui vivent, dans leur âge de préadolescence une aventure quasi-jules-vernienne à la Robinson Crusoé, où une tente en pleine forêt perdue et leurs comportements constituent le lieu ressemblant à une île éloignée en plein océan. Dommage que l’on n’apprenne pas comment les deux protagonistes sont arrivés à refaire leur vie.

Mais c’est surtout le récit d’un abandon, de rejet de la responsabilité maternelle, d’une destitution de la continuité. Ce n’est que des années après leur errance dans la forêt que leur mère a décidé de les reprendre.

Une trajectoire dramatique bouleversante qui évite le pathos grâce au jeu prenant de tous les interprètes, choisis non pas par hasard. Les conséquences de cette aventure, les deux frères devenus adultes, auront des répercussions

Et peut-être bien que c’est la sincérité de Casas et des principaux interprètes qui importent le plus dans cette histoire. Inusité et en même temps, édifiant.

Entre une jeunesse errante et une maturité marqué par le souvenir, deux univers qui s’entrechoquent grâce à une mise en scène alerte et des comédiens qui ont parfaitement saisis les enjeux de la proposition.

Pourtant, dans l’ensemble, ça ne va pas plus loin, la mise en scène, en général, imposant un certain relâchement et une froideur qui peut sans doute s’expliquer par cet état d’esprit venu de l’enfance, encore ancré dans la mémoire des deux protagonistes dont il est question.

Et peut-être bien que c’est la sincérité de Casas et des principaux interprètes qui importent le plus dans cette histoire. Inusité et en même temps, édifiant.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Olivier Casas

Scénario : Olivier Casas, avec la collaboration d’Olivier Adam;
d’après une idée de Michel Robert
Direction photo : Magali Silvestre de Sacy
Montage : Charlotte Martin-Favier
Musique : Oliver Casas, Simon Casas, Cyril Maurin

Genre(s)
Drame
Origine(s)
France
Année : 2024 – Durée : 1 h 45 min
Langue(s)
V.o. : français
Frères

Jacques Audiard

Dist. [ Contact ] @
A-Z Films
[ Quad ]

Diffusion @
Cinéma Beaubien
Cineplex

Classement
GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

 

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Here

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 1er novembre 2024

RÉSUMÉ SUCCINCT
Chronique d’un lieu donné sur une remarquablement longue période.

CRITIQUE
Luc Chaput

★★★

Nostalgie

fragmentée

Un propriétaire terrien en carriole parle contre son célèbre père. Celui-ci, dans un même véhicule, a des meilleurs rapports avec son petit-fils. Benjamin Franklin et ses descendants viennent donc faire un tour dans ce récit.

Par ces moments précis et d’autres qui surgissent amenés par le biais d’inserts, le long métrage de Robert Zemeckis nous communique des informations sur tout au moins la région dans laquelle il se déroule. Nous sommes en Pennsylvanie ou dans l’état limitrophe du New Jersey et ce pour longtemps puisque certaines séquences nous montrent des dinosaures.

Reproduire le modèle social de la famille nucléaire.

La caméra de Don Burgess est toujours fixe et cadre en faible diagonale cette fenêtre sur le temps qui passe. Le scénario du cinéaste et d’Eric Roth, son collaborateur pour Forrest Gump, adapte le roman graphique éponyme de Richard McGuire, version récente considérablement augmentée de sa bande dessinée innovatrice de 1989 que l’on peut encore trouver dans les archives d’Internet. Le concept de cet artiste des croquis imbriqués dans la représentation du salon est amené au niveau de casse-tête dans ce film. Des radios annoncent des faits, des émissions de télé en noir et blanc puis en couleur sont ainsi saupoudrées dans des moments des vies de quidams ou de personnalités qui ont vécu en ce lieu.

Robert Zemeckis et son équipe n’auront donc qu’en partie réussi ce pari de montrer la vie qui bat dans ce coin de notre planète qui aurait pu être tout aussi bien un autre.

Richard et Margaret Young deviennent les personnages principaux de cette saga immobile et les liens entre les diverses époques surgissent souvent de manière aléatoire. Cela pourra amener certains spectateurs à en établir un lien de cause à effet ou de comparaison entre les mœurs qui changent peu ou prou. L’emploi de l’intelligence artificielle pour rajeunir Tom Hanks et Robin Wright ne donne pas toujours les résultats attendus surtout que le déplacement des interprètes suit un tracé quasi-théâtral dans ce salon. Robert Zemeckis et son équipe n’auront donc qu’en partie réussi ce pari de montrer la vie qui bat dans ce coin de notre planète qui aurait pu être tout aussi bien un autre.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Robert Zemeckis

Scénario : Robert Zemeckis, Eric Roth;
d’après la BD de Richard McGuire
Direction photo : Don Burgess
Montage : Jesse Goldsmith
Musique : Alan Silvestri

Genre(s)
Drame
Origine(s)
États-Unis
Année : 2024 – Durée : 1 h 44 min
Langue(s)
V.o. : anglais & Version française
Ici

Robert Zemeckis

Dist. [ Contact ] @
V V S Films
[ Miramax ]

Diffusion @
Cineplex

Classement
GÉNÉRAL

 

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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