P R I M E U R [ En salle ] Sortie Vendredi 25 février 2022
SUCCINCTEMENT. Un couple porteur de paroles et d’accomplissements écologiques près des berges d’un grand fleuve.
CRITIQUE.
★★★
texte Luc Chaput
Un homme dans la soixantaine regarde par la fenêtre de son logis et devise sur sa conception du monde.
Jean Bédard est un philosophe et écrivain devenu paysan. Il a fondé en 2004, avec sa conjointe Marie-Hélène Langlais, ancienne enseignante, la ferme Sageterre pour en faire un espace communautaire de ressourcement. La caméra de François Gamache, François Pesant et du réalisateur Nicolas Paquet suit les activités de ce lieu au fil des saisons. Elle capte la froidure, le renouveau printanier, les interactions entre les gens et les bêtes dans un environnement sonore délimité par une route proche et le bruit des trains roulant à l’arrière de la propriété.
Cultiver
son jardin
communautaire
L’esprit de la ferme.
Située au Bic dans le Bas-du-Fleuve, Sageterre est devenue récemment une FUSA, une fiducie d’utilité sociale agricole pour assurer en principe son existence pérenne. La réalisation amicale de Paquet s’insère naturellement dans les discussions de l’organisme. Le verbe de Bédard retrouve à certains moments donnés des échos des personnalités sujets de ses livres. Le cinéaste déploie ainsi une éducation écologique par l’exemple et l’utilité des circuits courts.
Après La règle d’or et Esprit de Cantine, Nicolas Paquet apporte ainsi une autre pierre à ce cinéma régional, reflet de réalités diverses.
Une exploration des jeunes pousses suscitées par ce projet d’une écologie plus commensale et plus près des individus aurait pu être intégrée dans ce portrait empathique dans lequel les sublimes œuvres textiles d’Ars Herbarium de la Belge Sandrine de Borman trouvent naturellement leur place. Après La règle d’or et Esprit de Cantine, Nicolas Paquet apporte ainsi une autre pierre à ce cinéma régional, reflet de réalités diverses.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Nicolas Paquet
Scénario Nicolas Paquet
Direction photo François Gamache Nicolas Paquet François Pesant
Montage Natacha Dufaux
Musique Le Quatuor Saint-Germain
Nicolas Paquet
Genre(s) Documentaire
Origine(s) Canada [Québec]
Année : 2021 – Durée : 1 h 08 min
Langue(s) V.o. : français; s.-t.a. The Act of Beauty
P R I M E U R [ En salle ] Sortie Vendredi 25 février 2022
SUCCINCTEMENT. Alexandre, formateur pour l’armement des douaniers canadiens, doit retourner dans son village natal suite à un événement pour le moins inattendu.
CRITIQUE.
★★★ ½
texte Élie Castiel
Faudra-t-il désormais compter sur Philippe Grégoire pour annoncer un nouveau départ dans le cinéma québécois, une voie ouverte à des propositions inusitées renvoyant à un cinéma radical qui ne se contente pas de simplement raconter.
L’anti-récit domine Le bruit des moteurs, qui commence par cette voiture de « course de dragsters » tournant autour du cercle, autrement dit d’un véhicule de course de vitesse « pure », où l’émotion que procure le volant est justement de savoir le contrôler sans penser à autre chose ou aux lendemains.
Trois courts métrages plus tard, Bib Bip (2011), Aquarium (2013) et Un seul homme / One Man (2016), Grégoire signe un premier long qui définit fort probablement son cinéma à venir, car le jeune réalisateur est persuadé et nous le sommes aussi qu’il continuera à tourner, comme ce fut et c’est encore le cas d’un Denis Côté toujours aussi jouissivement anarchique, faisant des images en mouvements des arsenaux de combat contre un cinéma sclérosé dans sa rectitude politique.
Froid? Distant? Sans émotion? Situant le plan dans une espèce de néant? Rendant les personnages des sortes de zombies vivants, intentionnellement selon la mécanique d’une société hyper-contrôlée, totalitaire et fermée aux différences?
L’audace de
l’imprévisible
Conserver son calme, son cynisme rassurant.
Une société de droite pour qui transgresser est un acte privé qu’il faut reproduire sans se faire voir, en cachette (comme c’est le cas de la Directrice, admirablement soutenue par une Alexandrine Agostini assujettie à la cause).
Mais c’est Robert Naylor (Alexandre) qui, en alter-ego du réalisateur, semble s’inventer ce personnage-clé en question; comme si d’une part le cinéaste lui avouait une confiance aveugle; et de l’autre, complètement assimilé à cet anti-récit autobiographique où ce ne sont pas les anecdotes qui font œuvre de foi, mais les intérieurs existentiels, la parole libérée, les gestes qui procurent une certaine extase dans la différence.
Car plus que tout, Le bruit des moteurs nécessite la pleine concentration du regard et de l’ouïe, des paroles prononcées qui ont un sens à toute épreuve. Et l’étrangère, l’Islandaise, venue dans cet endroit québécois un peu perdu où les courses de dragsters ont lieu. Il s’agit du personnage de Aðalbjörg, campé par une Tanja Björk exceptionnelle. Une constatation comme quoi le cinéma de Philippe Grégoire, si l’on se fie à ce premier essai pour le grand écran, universalise son propos (idem pour Côté qui n’a jamais cessé de le faire). Le cinéma québécois ne peut survivre que dans son ouverture à la diversité, mais non en s’assimilant à elle ; en l’intégrant à un système de partage égal, question de mettre en valeurs les dissonances, les tonalités, les esprits entre groupes diversifiés.
Du coup, Le bruit des moteurs est un film sur les sensations, celle de sentir le cadre cinématographie qui refuse presque le mouvement ; celle également de ne pas prendre très au sérieux le contenu du plan, aussi vide soit-il. Sur ce point, Philippe Grégoire manifeste un goût certain pour le minimalisme narratif, celui empreint d’un néant qui veut tout dire. En anglais, on dit bien « nothingness »; c’es bel et bien ce que filme le jeune cinéaste. Godard est évoqué et ses courants asymétriques. Ses envolées, comme on dit, « lyriques ». Mais peu importe, puisque Grégoire appartient à une école de pensée cinématographique pas prête à capituler.
Le plan final confirme la règle et annonce un nouveau cinéma national qu’on pourrait classifier de « nouveau courant ».
Et pourtant, dans ce terrain de béatitude consentie, une seule présence émotive, celle de la mère d’Alexandre, imprégnée par la présence de Johanne, souverainement campée par une Marie-Thérèse Fortin, incapable, et tant mieux, de retenir l’exaltation narrative. Sur ce point Philippe Grégoire non seulement lui pardonne, mais reconnaît en ce geste, une sorte d’épiphanie, nécessaire au film.
Et toutes ces accusations de délire sexuels? Ce ne sont que les prétextes excentriques d’un régime conservateur qui ne tolère pas l’hétérogénéité.
Le plan final confirme la règle et annonce un nouveau cinéma national qu’on pourrait classifier de « nouveau courant ».
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Philippe Grégoire
Scénario Philippe Grégoire
Direction photo Shawn Pavlin
Montage Kyril Dubé
Musique Joël-Aimé Dubé
Philippe Grégoire
Genre(s) Drame
Origine(s) Canada [Québec]
Année : 2021 – Durée : 1 h 19 min
Langue(s) V.o. : français; s.-t.a. Noise of the Engines