Errance sans retour : une histoire Rohingya

PRIMEUR
Sortie
vendredi 26 février 2021

SUCCINCTEMENT
En août 2017, des populations rohingya fuient le Myanmar après une attaque militaire dans un conflit opposant la majorité nationaliste bouddhiste à la minorité musulmane.

CRITIQUE.

★★★★

texte
Luc Chaput

Un jeune réfugié dans un camp dessine l’attaque par des soldats en hélicoptère de son village. Remplissant toute la feuille, il dit finalement que celle-ci est trop petite pour tout ce qui s’est passé.

Le dessin en question se trouvait également dans l’exposition multidisciplinaire en 2020 au Musée national des Beaux-Arts de Québec portant le même titre et fruit du travail de Renaud Philippe et des réalisateurs. C’est dans une immersion complète que nous emmènent les images et les sons de ce long métrage tourné dans l’urgence dans le plus grand camp de réfugiés au monde, celui de Kutupalong à la pointe sud-est du Bangladesh, région limitrophe du Myanmar (ex-Birmanie) d’où se sont enfuis, après des massacres en 2017, une grande partie de la minorité Rohingya de confession musulmane.

Les travaux et les jours dans un camp de réfugiés

De la vie

                 des apatrides

Cette œuvre complexe a mérité avec raison le Prix du public au dernier festival de cinéma de la ville du Québec et constitue un témoignage empoignant de la place grandissante de ces personnes déplacées par les guerres mais aussi par les changements climatiques.

Des images de cette fuite à travers marécages et hauts fonds d’une rivière sont inscrites dans le montage de ce film qui assume avec aplomb sa valeur poétique par les textes de Kalam évoquant aussi les fantômes qui hantent ses nuits. La cinématographie de Renaud Philippe et Olivier Higgins nous promène dans les travaux et les jours de cette immense population vivant surtout dans des cases en bambou. Des individus parlent de leurs vies passées détruites par ces opérations militaires d’une armée contre ses propres civils qualifiés d’étrangers par la propagande.

Le cinéaste suisse Barbet Schroeder en a d’ailleurs donné un portrait glaçant d’un des initiateurs de ces persécutions avec Le Vénérable W. Dans une boue constante due peut-être aux effets de la mousson, des garçons jouent au football pendant que d’autres enfants sur une colline s’amusent à lancer des cerfs-volants, symboles d’un ailleurs peut-être inatteignable parce que ces réfugiés sont des apatrides.

Cette œuvre complexe a mérité avec raison le Prix du public au dernier festival de cinéma de la ville du Québec et constitue un témoignage empoignant de la place grandissante de ces personnes déplacées par les guerres mais aussi par les changements climatiques.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Olivier Higgins
Mélanie Carrier

Scénario
Olivier Higgins

Mélanie Carrier

Direction photo
Renaud Philippe

Montage
Olivier Higgins
Amélie Labrèche

Musique
Martin Dumais

Son
Pierre-Jules Audet
Luc Boudrias

Mélanie Carrier & Olivier Higgins > @ Vimeo

Genre(s)
Documentaire social

Origine(s)
Canada [Québec]

Année : 2020 – Durée : 1 h 28 min

Langue(s)
V.o. : rohingya ; s.-t.a. ou s.-t.f.

Wandering: A Rohingya Story

Dist. @
Coop Spira

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma du Musée

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Félix et le trésor de Morgäa

PRIMEUR
Sortie
vendredi 26 février 2021

SUCCINCTEMENT
Un garçon va chez un ami pour confirmer l’accord sur le plan pour la prochaine semaine. Max est plus intéressé à son jeu vidéo et n’engrange pas tous les détails.

CRITIQUE.

★★ ½

texte
Luc Chaput

Aventure dans les îles

Le décor des Îles de la Madeleine dans le golfe du Saint-Laurent, magnifiquement recréé par la direction artistique de Philippe Arseneau Bussières, sert de lieu enchanteur à cette comédie d’aventures regroupant Félix, un facétieux garçon, son vieil ami Tom et deux animaux dépareillés, un perroquet qui semble sortir d’un film de pirates et Ulysse, un chat tendance chien fureteur et débrouillard. L’opposition entre la luminescence du village de départ et les noirceurs orageuses et annonciatrices de malheur de cette île au supposé trésor illustre trop aisément les limites de ce conte enfantin.

La mise en images et les dessins à chaque niveau de plan sont bien menés et de bonne facture. Mais la quête de Félix et Tom se déroule de manière gentiment prévisible, mêlant gags, retournements de situations et variations sur le temps qui passe dans une course poursuite. Certains traits satiriques sur la recherche effrénée de la jeunesse ou sur les citadins voulant débourser rapidement un très gros prix pour une résidence secondaire servent de clins d’œil aux adultes qui visionneront le long métrage accompagnant les plus petits auxquels ce film est destiné. Les acteurs rajoutent un certain supplément d’âme au déroulement de ce récit sur l’importance des liens familiaux.

La musique enveloppante de Gilles Léveillé ne réussit pas à masquer les faiblesses de ce long métrage moins accompli que Nelly et Simon : Mission Yéti, précédente offre de la même maison de production. On peut d’ailleurs regarder avec bonheur le court métrage Les yeux noirs du même réalisateur sur le site de l’ONF.

Les acteurs rajoutent un certain supplément d’âme au déroulement de ce récit sur l’importance des liens familiaux.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Nicola Lemay

Scénario
Marc Robitaille

Effets spéciaux
Renaud Gilles

Montage
René Caron

Son
Jerome Boiteau

Genre(s)
Animation

Origine(s)
Canada [Québec]

Année : 2021 – Durée : 1 h 25 min

Langue(s)
V.o. : français & Version anglaise

Felix and the Treasure of Morgäa

Dist. @
Maison 4 :3

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma Beaubien
Cineplex

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

La nuit venue

PRIMEUR
Sortie
vendredi 26 février 2021

SUCCINCTEMENT
Immigrant chinois sans papiers installé à Paris depuis cinq ans, Jin n’a d’autre choix que de travailler pour Xiè, le chef de la pègre chinoise auprès duquel il a contracté une importante dette.

CRITIQUE.

★★★★

texte
Élie Castiel

Nocturne mélancolie

Cinq sujets courts, dont le plus emblématique demeure Suis-je le gardien de mon frère? (2013), puis, en 2019, un premier long métrage qui, doit-on ajouter, a divisé injustement la critique. Je me tiens du côté de ceux qui ont accueilli La nuit venue avec un bonheur certain, conscients de l’aboutissement d’un jeune metteur en scène corse qui filme les visages comme des tableaux de maître, qui sculpte leurs sentiments comme si on les filmait de l’intérieur, donnant à l’inconscient une nouvelle signification.

Hommage à un certain cinéma de genre, le film Noir (je ne me censure pas puisqu’il s’agit d’un genre établi depuis de nombreuses décennies n’ayant aucun rapport avec le racisme), son ambiance, ses ombres et ses lumières renouvelées par la magie attrayante de la couleur, ses codes narratifs voulant que les personnages sont, en principe, des gens perdus dans les tentacules de la grande ville, ici un Paris nocturne de deals, de boîtes de nuit, de récits charnels payés et, entre autres, de mafias locales qui ne jurent que par la violence et une idée fausse de l’honneur.

Farrucci a probablement été fervent cinéphile, du film d’auteur à celui grand public qui se démarque en défendant sa verve populaire consistant principalement à se divertir. Mais le réalisateur en a tiré les plus belles leçons, et dans La nuit venue, on constate dès le début une originalité bouillonnante qui ne déroge jamais.

 Ils n’ont rien à perdre et tout à gagner

Une histoire d’amour impossible, quasi tordue, pour certains improbable, pour rester fidèle à une des conditions du genre, mais pas n’importe laquelle. Celle entre deux écorchés de la vie, la prostituée/strip-teaseuse et le migrant, chauffeur de VTC parisien, à peine quelques mots de français. Et encore.

Du rapport entre ces deux individus – Camélia Jordana et Guang Ho, remarquables de prouesses dans l’art de l’interprétation, inspirés par tous les motifs d’une relation qui se veut amoureuse malgré tout, tentant le bonheur sans trop de dégâts – une évidence : ils n’ont rien à perdre et tout à gagner. Et en filigrane, dans leur course vers la félicité, quoique inatteignable, des thèmes qui ressurgissent comme par enchantement : l’ubérisation incontrôlable de la société urbaine, l’individualisme chronique qui fait mal, notamment dans les grands centres, le modèle chinois vécu en Occident qui ignore les mœurs de leurs pays d’accueil. Leur histoire est atteinte d’une mélancolie qui ne s’exprime que la nuit venue.

Je me tiens du côté de ceux qui ont accueilli La nuit venue avec un bonheur certain, conscients de l’aboutissement d’un jeune metteur en scène corse qui filme les visages comme des tableaux de maître, qui sculpte leurs sentiments comme si on les filmait de l’intérieur, donnant à l’inconscient une nouvelle signification.

Certes, La nuit venue n’est pas un très grand film, mais force est de souligner que dans un cinéma hexagonal qui cherche encore ses nouvelles voies et voix, Frédéric Farrucci peut s’affirmer heureux de contribuer positivement, à l’instar de son compatriote Pascal Tagnati avec son I Comete, d’une originalité qui donne la chair de poule autant par sa déconstruction narrative que par la puissance d’une mélancolie volontairement désincarnée. Film dont nous vous invitons à lire notre critique très bientôt.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Frédéric Farrucci

Scénario
Benjamin Charbit

Frédéric Farrucci
Nicolas Journet
Laurette Polmanss

Direction photo
Antoine Rorouty

Montage
Mathilde Van de Moortel

Musique
Rone

Son
Philippe Grivel

Photo de tournage @ Koro Film

Genre(s)
Drame

Origine(s)
France

Année : 2019 – Durée : 1 h 35 min

Langue(s)
V.o. : français, chinois ; s.-t.f.

La nuit venue

Dist. @
K-Films Amérique

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

En salle(s) @
Cinéma Beaubien
Cineplex

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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