Fatherland

P R I M E U R
Sortie
officielle
Vendredi 23 octobre 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
En 1949, Thomas Mann, lauréat du prix Nobel de littérature, retourne pour la première fois en Allemagne depuis la fin de la guerre, accompagné de sa fille Erika, actrice, écrivain et pilote de rallye.

 

ANGLE
| CRITIQUE |

texte : Élie Castiel

★★★★ ½

Allemagne,

mère blafarde

Le titre de notre critique fait référence au film éponyme de Helma Sanders-Brahms (1979), mais également à un poème de Bertolt Brecht, dont il n’est pas nécessaire d’examiner ici les enjeux profonds. Rappelons que Thomas Mann, personnage incontournable de Fatherland, reçut le prix Nobel de littérature en 1929 pour Les Buddenbrook (Buddenbrooks: Verfall einer Familie) avant de s’opposer au régime nazi et de s’exiler aux États-Unis. L’année 1949, où s’ancre le récit, sert de pierre angulaire à Paweł Pawlikowski, l’un des cinéastes polonais les plus emblématiques de sa génération – pour ne pas dire un cinéaste universel. Ce retour en Allemagne après une quinzaine d’années d’absence, alors qu’il doit se rendre à Weimar (sous contrôle soviétique), ne réjouit guère l’écrivain. S’il accepte, c’est peut-être par une sorte de narcissisme involontaire, comme le long métrage le met habilement en lumière.

Il s’agit là d’une proposition en or pour Pawlikowski. Au-delà des enjeux politiques — qui font sans doute écho à l’état actuel de notre monde —, le réalisateur appuie avec une lucidité extraordinaire le bien-fondé de sa mise en scène clinique. Il utilise le noir et blanc ainsi que le format d’image 1.37:1 comme de puissants instruments formels. Par son cadrage serré, le film s’apparente à un album d’une guerre que l’on voudrait oublier et que l’on feuillèterait à l’improviste.

Une rencontre inavouée.

Mais avant tout, Fatherland explore la relation entre un père et sa fille, complices irremplaçables qui construisent autant leur intimité familiale et leur idéologie politique que leur regard sur la société. La caméra de Łukasz Żal, dont on a pu admirer le travail sur The Zone of Interest (2023) de Jonathan Glazer, repose ici sur des dynamiques plus feutrées, voire claustrophobiques. Le choix technique du plan fixe transforme chaque image en un portrait peint, figé dans le souvenir ou la rémanence du passé.

Le film, dans sa dimension la plus évidente, capture la prise de conscience — ou le déni — d’une réalité nouvelle, quatre à cinq ans après la chute du régime nazi. Le vide de ces paysages est cruellement heurté par le « je-m’en-foutisme » délirant et cynique des survivants. Ces derniers semblent considérer leur salut comme un dû, oubliant comme par enchantement leur adhésion totale au régime hitlérien et un passé pourtant si proche.

Il s’agit là d’une proposition en or pour Pawlikowski. Au-delà des enjeux politiques — qui font sans doute écho à l’état actuel de notre monde —, le réalisateur appuie avec une lucidité extraordinaire le bien-fondé de sa mise en scène clinique.

Le plan final, d’un tragique absolu, hante l’esprit bien après la projection. Empreint d’une tristesse infinie, il éclaire la trajectoire de Thomas Mann à cette période de sa vie. En même temps, il couronne l’hommage que lui rend la mise en scène de Pawlikowski : une approche intentionnellement clinique, mais habitée par une éthique morale et un humanisme déchirant. Enfin, il est impossible de passer sous silence les performances magistrales de Sandra Hüller (Erika Mann), de Hanns Zischler (Thomas Mann) et d’August Diehl (Klaus Mann). Ce dernier irradie dès le superbe plan-séquence d’ouverture qui, bien avant l’apparition du titre à l’écran, laisse deviner un murmure prémonitoire.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Paweł Pawlikowski

Scénario : Paweł Pawlikowski, Hank Handloegten. Direction photo : Łukasz Żal. Montage : Paweł Pawlikowski, Piotr Wójcik. Musique : Marcin Masecki.

Genre(s) : Drame historique.
Origine(s) : Australie / États-Unis
Grande-Bretagne
Italie / Suisse / Pologne.

Année : 2026 – Durée : 1 h 22 min
Langue(s)
V.o. : multilingue ; s.-t.f. ou s.-t.a.
La patrie
Vaterland

Distributeur
Film Service Supérieur

Contact info.
[ MUBI ]

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ Beaubien / du Musée ]

Paweł Pawlikowski
Crédit : @ Wikipedia

Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Tous publics ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]