Fjord
P R I M E U R
Sortie
officielle
Vendredi 23 octobre 2026
Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord. À un certain moment, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait être la cause des ématomes sur le corps d’Elia, le garçon de la famille.
Le Film
| de la semaine |
ANGLE
| CRITIQUE |
texte : Élie Castiel
★★★★
Et si le cinéaste roumain Cristian Mungiu s’était converti en apôtre rassembleur ? C’est ce que suggère son dernier opus, laissant croire que les défenseurs de la religion et ceux de la laïcité ont, chacun à leur façon, droit de cité, sans pour autant sombrer dans une guerre de clocher.
Où sont les enfants ?
C’est du moins ce que l’on retire de Fjord, Palme d’Or cette année à Cannes, bien que l’accueil des professionnels de la critique soit mitigé. Ce film, qui aurait pu être amputé d’une vingtaine de minutes — si ce n’est plus —, ne suscite notre totale adhésion que dans sa partie judiciaire, une séquence d’une étonnante prouesse technique et de mise en scène. À cet égard, la caméra de Tudor Vladimir Panduru procède d’un souci constant de cadrer les personnages clés au cœur de situations et de discours complexes qui ne laissent personne indifférent.
Malgré sa longueur, le long métrage déploie une force métaphorique puissante. Son titre générique, Fjord, transforme le lieu du récit en un espace universel. Dans le film, cette petite localité vit sous une menace invisible : tous savent pertinemment qu’une avalanche venue des hauteurs environnantes pourrait, à tout moment, faire disparaître la communauté. Il s’agit, en quelque sorte, d’un constat de renoncement ; comme si, sachant que tout peut finir, les choses devaient néanmoins se dérouler comme prévu.

Un environnement traditionnel qui tient résolument à ses valeurs.
Le cœur de l’œuvre repose sur le combat idéologique qui perdure encore de nos jours entre deux mondes : d’un côté, les signes d’une orthodoxie religieuse traditionnelle venue d’ailleurs, fermement accrochée à ses pouvoirs de persuasion ; de l’autre, une laïcité extrême, issue des revendications sociales survenues en Occident depuis l’après-Seconde Guerre mondiale.
Mungiu en est conscient et il est évident qu’il trouve, chez chacun de ces deux groupes opposés, une sorte de soupape aux nombreuses interrogations de l’individu moderne. Ces questionnements s’avèrent d’autant plus dignes d’intérêt lorsqu’on a atteint l’âge vénérable de la soixantaine et que l’on a soi-même des enfants. Face aux doutes, aux incertitudes et aux conflits mondiaux, Cristian Mungiu — qui approche de cet âge et est père — se situe précisément à un moment de sa vie où, en général, on recherche davantage la réconciliation que l’éternelle rivalité.
Entre l’impressionnisme de certains plans aux images magnifiques — parfois empreintes d’un étouffement poétique — et la rigueur clinique de l’ensemble, Fjord conserve une froideur, certes suffocante. Néanmoins, par ses enjeux moraux profonds, adultes et cruellement actuels, le film ne peut que susciter notre profonde admiration.
L’intrigue bascule lors du procès civil, lorsque le corps enseignant (laïc) découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu. La communauté commence alors à se demander si l’éducation traditionnelle prodiguée par les parents pourrait en être la cause. C’est un point sensible que soulève ici Mungiu. Certes, dans de nombreuses familles du début des années 1960 — pourtant non traditionnelles au sens ancien —, on réprimandait parfois physiquement les enfants. Mais des ecchymoses sur la peau relèvent d’une autre gravité.
À ce moment précis, la trajectoire du cinéaste change de cap et sème habilement le doute chez le spectateur. Le va-et-vient constant, alimenté par la joute verbale des deux avocats, place le public face à une mise en demeure de sa propre éthique. C’est sans doute le projet profond de Cristian Mungiu, qui intègre, comme à son habitude, le regard du spectateur comme un élément cinématographique à part entière.
Entre l’impressionnisme de certains plans aux images magnifiques — parfois empreintes d’un étouffement poétique — et la rigueur clinique de l’ensemble, Fjord conserve une froideur, certes suffocante. Néanmoins, par ses enjeux moraux profonds, adultes et cruellement actuels, le film ne peut que susciter notre profonde admiration.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Cristian Mungiu
Scénario : Cristian Mungiu. Direction photo : Tudor Vladimir Panduru. Montage : Mircea Olteanu. Musique : Kaspar Kane.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
Danemark / Finlande
France / Norvège
Roumanie / Suisse
Année : 2026 – Durée : 2 h 26 min
Langue(s)
V.o. : mixte ; s.-t.a. ou s.-t.f.
Fjord
Distributeur
Entract Films
Contact info.
[ Elevation Pictures ]
Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ Beaubien / du Parc ]
Cineplex

Cristian Mungiu
Crédit : @ IMDb
Classification
Visa GÉNÉRAL
[ Tous publics ]
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
