La bola negra

P R I M E U R
Sortie
officielle
Vendredi 23 octobre 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
En 2017, Alberto reçoit un legs inattendu de son grand-père maternel. Suivant les derniers vœux du défunt, on lui remet les pages d’un manuscrit incomplet, attribuable au célèbre poète espagnol Federico García Lorca. Alberto décide alors de mener sa propre enquête sur l’Espagne de 1932, 1937 et 2017.

COUP de ❤️
| de la semaine |

 

ANGLE
| CRITIQUE |

texte : Élie Castiel

★★★★★

 

« Los Javis » – autrement dit les conjoints à la ville Javier Calvo et Javier Ambrossi – signent l’un des plus beaux films de l’année. Il s’agit d’une enquête sur un pan de l’Histoire espagnole du XXe siècle qui annonce, en quelque sorte, notre futur immédiat, alors que nous traversons une ère de turbulences politiques, sociales, intimes, liées à la guerre et à son contraire : le sexe.

 

Le Blanc et le Noir

 

L’humain d’aujourd’hui, comme celui d’hier et de toujours, a souvent privilégié la guerre au détriment du sexe. Si la sexualité hétérosexuelle est un peu mieux tolérée, l’homosexualité masculine demeure, sans compromis, l’un des tabous les plus occultés de notre civilisation moderne. D’où ces boules blanches ou noires qui définissent l’orientation de tel ou tel soldat pour qu’il puisse adhérer à une cure de désintoxication ou au contraire – on laisse deviner la suite.

La complicité créatrice sur une page qu’on croyait perdue de Lorca.

Federico García Lorca est-il vraiment le personnage principal de ce film. On peut déjà prédire que La bola negra deviendra film « culte ». Pour sa richesse générique, qui rôde autour du mélodrame, du film de guerre et du drame romantique homosexuel (un univers que Los Javis connaissent particulièrement bien). Mais aussi parce que le cinéma traditionnel a très rarement parlé avec autant d’acuité, de sensibilité et de savoir-faire de l’amour entre hommes, de l’attirance, de la séduction et de ces sombres désirs qui ne peuvent être assouvis que dans la noirceur de ruelles étroites – des lieux qui transpercent les corps autant qu’ils les accueillent une fois l’obscurité sensuelle de la nuit venue.

Mais il y a surtout cette enquête que mène, avec une déréliction sans pareille, Alberto. Ce dramaturge et historien ouvertement gay tente de trouver des renseignements sur le passé de son grand-père maternel, qu’il n’a jamais connu. Ses recherches le conduisent à déterrer des secrets de famille et des traumatismes générationnels liés à la répression de l’homosexualité durant la guerre civile et la période franquiste. À cette époque de l’Histoire espagnole, l’homosexualité masculine existait pourtant bien plus qu’on ne le pense, mais il fallait redoubler d’ingéniosité pour ne pas se faire prendre.

Chaque protagoniste d’importance raconte son propre récit, à sa façon, selon les conjonctures de l’époque. Javier Ambrossi et Javier Calvo l’ont parfaitement compris. Ils nous offrent avec cette œuvre inoubliable une aventure cinématographique majeure, dont l’écho devrait résonner longtemps.

Encore une fois, la boule blanche ou noire symbolise le sentiment amoureux, qu’il soit trahi ou pleinement vécu dans le temps qu’il reste. C’est le cas pour le personnage de Federico García Lorca, conscient de sa propre finitude et entrant ainsi dans l’Histoire universelle. Cette universalité prend corps à travers le personnage qu’incarne avec une remarquable maîtrise la célèbre actrice Glenn Close. Dans un face-à-face poignant, Pablo lui remet un document capital pour l’œuvre épique de Lorca. En associant l’intime, la rigueur de la quête de vérité et la recherche littéraire, cette rencontre suscite un sentiment de connivence et d’émerveillement devant le savoir, à rebours d’existences privées de sens par des préoccupations superficielles et éphémères. C’est dans ce partage que réside la transmission que Los Javis proposent aux spectateurs.

De nombreuses scènes du film mettent en scène ces corps d’hommes magnifiés selon un art du nu masculin hérité de la Grèce antique. Si le nu et le sexe entre femmes renvoient souvent au fantasme masculin hétérosexuel – dénotant ainsi une misogynie évidente –, son pendant masculin doit faire preuve de patience et d’imagination pour que, dans un film destiné au grand public, cette dimension n’apparaisse que sous le voile d’un art ancien perdu.

Chaque protagoniste d’importance raconte son propre récit, à sa façon, selon les conjonctures de l’époque. Javier Ambrossi et Javier Calvo l’ont parfaitement compris. Ils nous offrent avec cette œuvre inoubliable une aventure cinématographique majeure, dont l’écho devrait résonner longtemps.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Javier Ambrossi
Javier Calvo

Scénario : Javier Ambrossi, Javier Calvo, Alberto Conejero; d’après la pièce La piedra oscura et autres écrits de Federico Garcia Lorca. Direction photo : Gris Jordana. Montage : Alberto Gutiérrez. Musique : Raül Refree.

Genre(s) : Drame biographique
Origine(s) : Espagne / France
Année : 2026 – Durée : 1 h 46 min
Langue(s)
V.o. : multilingue; s.-t.a. ou s.-t.f.
La boule noire

Distributeur
Équinoxe Films

Contact info.
[ Netflix ]

Diffusion

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Parc ]
Cineplex

Javier Ambrossi et Javier Calvo
Crédit : @ IMDb

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]