Le Point |.| 18
du Ven 1er au Jeu 07 mai 2026
Ruptures
Élie Castiel
Rédacteur en chef
L’embellie du cinéma de genre, succédané par nécessité consistant à changer la donne aux guichets, se poursuit à un rythme accéléré dans nos salles dites « commerciales » ; on n’a qu’à voir les bandes-annonces de la chaîne majeure de cinémas au Québec, à Montréal surtout, mais tout aussi bien dans les salles en région.
Car disons-le sans ambages, c’est bien la capitale culturelle de ce qu’on appelait jadis « la Belle province » qui nous intéresse avant tout. Pour la simple raison qu’à une époque que certains gardent dans leur esprit avec nostalgie, Montréal était la plaque tournante du cinéma mondial. L’exemple à suivre en Amérique du Nord.

Seul dans la salle, le cinéphile n’ose
pas montrer son visage, de peur que…
Et aujourd’hui c’est avec respiration artificielle que les exploitants audacieux présentent du mieux qu’ils peuvent (même si parfois certains titres sont discutables) les films que les programmateurs ont choisi selon leur propre idée du cinéma. Comme dans les festivals de films.
Néanmoins, c’est souvent avec un public restreint et à des horaires sans aucun sens que ces films importants sont présentés. Le plus souvent, on n’a guère le choix : « ou tu te débrouilles pour te libérer ou tu rate le film comme tu l’aurais voulu le voir, sur Grand écran » et non pas sur des toiles streamées minuscules.
Et à ce sujet, on aurait voulu voir à Montréal le dernier brûlot de Nadav Lapid, Oui (Ken / Yes), ce cinéaste critique de son pays, Israël, qui nous avait épaté avec le très abouti The Policeman, le délicieusement subversif Synonymes et le très apprécié L’institutrice. Un cinéaste qui ose chambouler notre confort et notre indifférence.
J’ai vu Ken ; le film fera l’objet d’une critique dans une section parallèle de notre site. Parce que le film parle avec toutes ses imperfections, de morale politique, d’éthique sociale, mais surtout et avant tout des images en mouvement, de ce qu’elles retiennent du monde actuel, de son engagement politique bouleversé et contradictoire, de son désarroi ou au contraire, détachement face au monde d’aujourd’hui.
Mais voyez-vous, ce film… !
