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The Human Voice

PRIMEUR
[ Court métrage ]
Sortie
Vendredi 12 mars 2021

SUCCINCTEMENT
Une femme regarde le temps passer à côté des valises de son ex-amant et d’un chien agité qui ne comprend pas que son maître l’ait abandonné.

COUP DE CŒUR
de la semaine.

★★★★★

texte
Élie Castiel

Almodóvar ou l’apothéose de la femme et non pas nécessairement la ruine de l’homme, comme on peut dire parfois; bien au contraire, pour la femme, un nouveau souffle, un nouvel entendement intellectuel, une réflexion, par les images en mouvement, de répondre à un besoin essentiel. Effectivement, une nécessité, une appétence pour que celle que Simone de Beauvoir, dans son livre culte, Le deuxième sexe, décrit, analyse, dissèque, philosophe autour en presque mille pages, se manifeste ici en 30 minutes de projection. Le titre de notre article fait référence au titre français d’un des films d’Ingmar Bergman, Toutes ses femmes (För att inte tala om alla dessa kvinnor), comédie dramatique simple, pas son meilleur film. Pour notre film en question, pour indiquer que la protagoniste principale dans le Almodóvar, se juxtapose incontestablement à toutes les femmes filmées par la cinéaste.

Ce n’est pas la femme beauvoirienne qui définit celle du cinéaste ibérique, d’Espagne plus précisément, mais Jean Cocteau, le poète, l’esthète, le subversif. Et comme lui, Pedro Almodóvar partage une homosexualité créative, subversive, non pas en des termes militants, idéologiques ou encore, comme il est de convenance ces quelques dernières décennies, politiques. Bien au contraire, un renversement discret, un chamboulement de l’esprit qui s’exprime uniquement par les images en mouvement, voire même en bouleversement. Et une nette reconnaissance de la femme comme l’égale de l’homme, inconditionnellement, sans prérequis d’aucune sorte.

Et contre toute attente, un aboutissement cathartique, bouleversant, inspiré sans doute du théâtre grec, mais renversé, et surtout corrigé par Almodóvar. Une révélation qu’il nous sert comme pour valider le moment, celui de Swinton, l’actrice, l’interprète de ce film en particulier, la femme dans la vraie vie, celle par qui l’acceptation et la prise en charge de soi arrive, quel que soit le moment. Opportun ou pas.

Toutes ses femmes

Mais le sublime dans ce geste, c’est la liberté que prend Almodóvar pour parfaire sa proposition, pour renouer avec son propre cinéma, lui administrant une continuité qui le hante depuis qu’il est devenu sérieux, il y a bien longtemps, délaissant ses caprices des débuts.

Il peut compter, bien sûr, sur la collaboration de ses collaborateurs comme le directeur photo José Luis Alcaine, qui filme comme il respire, sur le montage de Teresa Font, exigeante face à l’essentiel, le son ambiant qui remet tout en question de Sergio Bürmann, et la musique du fidèle Alberto Iglesias, suintant les références cinéphiliques tout en conservant son originalité.

Comme Bergman, qu’il admire, la femme est l’épicentre du monde pour Pedro Almodóvar, non pas en raison, on pourrait dire non pas seulement en raison, de son attachement à l’enfantement, donc à la création; tout au contraire, un être à part, individuel, non pas individualiste, un corps, une entité physique, une âme et surtout un esprit. Qui pense et agit comme elle l’entend.

Les objets, les moindres, les plus inespérés prennent aussi une place importante.

Si dans The Human Voice elle ne porte pas de nom, c’est parce qu’elle représente toutes les femmes, intègres, qui souffrent devant la rupture, mais qui échappent au pire. Du moins dans l’adaptation, très libre et volontairement impudique d’Almodóvar. Cette adaptation ne blesse pas la pudeur, mais se l’arrache pour en faire un arsenal pour l’égalité des sexes.

Déjà, dans le générique du début, d’un kitsch foudroyant, le cinéaste arbore son drapeau et ses couleurs. On saura d’ores et déjà que The Human Voice sera son œuvre à lui et que le texte de Cocteau ne servira que de support moral ou thérapeutique. Le récit avance à grands pas et le film se contente uniquement de l’esprit almodovarien. Il ne compte sur personne – même si quelques personnages préambules au début s’intègrent discrètement – sauf sur la présence saisissante et miraculeuse d’une Tilda Swinton (60 ans) qui, mine de rien, avec la permission circonspecte et volontaire du cinéaste, se permet de conquérir les espaces scéniques pour réinventer le geste, le mouvement, la parole, tout ce qui comporte ces éléments bien codifiés de la réalisation. Les objets, les moindres, les plus inespérés prennent aussi une place importante; comme dans tous ses films. Et l’adorable canin, complice, communicateur, servant même de personnage accompagnateur, s’exécutant sans bruit et sans fureur, même si attristé que son maître l’ait abandonné.

Le dialogue de la femme sans nom est en fin de compte un monologue théâtral rendu cinématographique avec maestria, sens de la répartie, brefs silences qui veulent tout dire, obsession de l’amour, refus de la rupture. Au bout du fil, celui qu’on ne verra jamais, mais qu’on devine. Le drame, la défaite.

Et contre toute attente, un aboutissement cathartique, bouleversant, inspiré sans doute du théâtre grec, mais renversé, et surtout corrigé par Almodóvar. Une révélation qu’il nous sert comme pour valider le moment, celui de Swinton, l’actrice, l’interprète de ce film en particulier, la femme dans la vraie vie, celle par qui l’acceptation et la prise en charge de soi arrive, quel que soit le moment. Opportun ou pas.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Pedro Almodóvar

Scénario
Pedro Almodóvar
Librement inspiré de la pièce La voix humaine,

de Jean Cocteau

Images : José Luis Alcaine

Montage : Teresa Font

Musique : Alberto Iglesias

Tilda Swinton & Pedro Almodóvar en tournage

Genre(s) : Monodrame

Origine(s)
Espagne
États-Unis

Année : 2020 – Durée : 0 h 30 min

Langue(s)
V.o. : espagnol, anglais ; s.-t.f.

La voix humaine
La voz humana

Dist. [Contact ] @
[ Sony Pictures ]

Classement (suggéré)
Interdit aux moins de 13 ans

En salle(s) @
Cinémathèque québécoise

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Ma Railey’s Black Bottom

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 12 mars 2021

SUCCINCTEMENT
Dans un studio d’enregistrement, tous attendent la venue de Ma Rainey, celle qu’on appelle dans le Chicago de 1927, la « mère du blues ». Elle tarde cependant à venir.

CRITIQUE.

★★★★

texte
Élie Castiel

Viola Davis et le regretté Chadwick Boseman (Black Panther / La panthère noire) illuminent l’écran. De leur présence, leur totale adhésion à une proposition qui leur tient à cœur. Un récit fascinant qui donne à la Black Culture sa raison d’être, son influence dans la scène musicale des États-Unis. Mais aussi en raison de leur jeu, habité, contrôlé, conscients des origines théâtrales de l’œuvre en question.

George C. Wolfe a surtout travaillé pour la télévision, signé deux longs métrages. Ma Rainey’s Black Bottom marque son premier long métrage avec des interprètes principaux afro-américains. Les origines théâtrales sont évidentes, mais le cinéaste sexagénaire réussit un tour de force équilibré entre le théâtre et le cinéma. La caméra de l’Américain d’origine allemande Tobias A. Schliesser rejoint tous les recoins d’un récit pris entre le huis clos d’un sous-sol où on enregistre ses partitions et les extérieurs, en apparence, créés en studio.

The lady sings the blues

La bande sonore originale de l’inégalé Branford Marsalis résonne dans nos oreilles comme une réinvention du monde.

Comme dans la belle époque, rejoignant ainsi ce Chicago des années 20, là où pouvoir musical des Noirs et racisme des Blancs semblent s’accommoder tant mal que bien. Et un studio d’enregistrement quasi miteux, tenu par des producteurs Blancs, comptant seulement sur le talent des artistes et sur ce qu’ils pourront rapporter. Une sorte de cachot où la chanteuse et ses musiciens sont comme des détenus, et pourtant voués à leur art. Sauf pour les prises de bec parfois agressives, les moments de tension, de vedettariat de la dame en question.

Mais Ma Rainey’s Black Bottom est aussi autre chose. Un regard sur une époque lointaine qui pose son regard sur le monde d’aujourd’hui, sur le racisme ordinaire revenu sur l’échiquier social, sur la présence de la femme dans le milieu de la culture ; et pas n’importe quelle femme. Celle qui n’est plus jeune, celle par qui le regard ne se pose plus. Et sur une société qui ne compte plus ses idoles pour les laisser tomber du jour au lendemain.

Plutôt partir que de ne pas être reconnu.

Deux parties bien distinctes, la première qui expose les personnages. La seconde, celle où le drame éclate. Un drame auquel on ne s’attend pas puisqu’il est surtout question de destin, de bassesse, de la condition humaine, et plus que tout, d’une finalité difficile à contrôler. En fait, semble dire l’auteur de la pièce (et le cinéaste qui lui reste fidèle) personne ne peut contrôler son chemin à suivre. Cette voie s’intègre à nous sans crier gare. Et le film de Wolfe explique tragiquement bien cette fin d’une beauté radieuse malgré sa gravité. Plutôt partir que de ne pas être reconnu. Tel peut être le choix de ceux et celles qui ne parviennent pas à se résoudre aux lois cruelles de l’indifférence.

Et bien entendu, dans ce film à la fois divertissant et ambitieux, la partition musicale demeure, pour les adeptes du genre, constamment impeccable. La bande sonore originale de l’inégalé Branford Marsalis résonne dans nos oreilles comme une réinvention du monde.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
George C. Wolfe

Scénario
Ruben Santiago-Hudson
D’après la pièce d’August Wilson

Images : Tobias Schliesler

Montage : Andrew Monsheim

Musique : Branford Marsalis

Genre(s) : Chronique

Origine(s) : États-Unis

Année : 2020 – Durée : 1 h 34 min

Langue(s)
V.o. : anglais

Ma Rainey’s Black Bottom

Dist. @
Netflix
[ Equinoxe Films ]

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Dollar Cinéma

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Slalom

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 12 mars 2021

SUCCINCTEMENT
La jeune Lyz Lopez, 15 ans, vient d’être admise au sein d’une équipe de ski. Fred, le directeur de l’établissement s’assure qu’elle reçoit un entraînement rigoureux. Mais un jour, contre toute attente…

CRITIQUE.

★★★ ½

texte
Élie Castiel

Pas craintifs

Quelques courts, un moyen métrage documentaire et ce premier long, un film casse-gueule du fait de son sujet intemporel, traité à toutes les sauces ces derniers temps. Dans le cas de Charlène Favier, grâce aussi à ses partenaires dans l’écriture, Antoine Lacomblez et Marie Talon, une rigueur, une subtilité à aller vers l’essentiel, voire même se permettre la litote, si difficile à exprimer au cinéma.

Et pourtant, ici, la faute est commise suite sans doute à un désir qui nous paraît non prémédité. Ou est-ce bien le cas? La réalisatrice, intentionnellement ou pas, manipule allègrement le spectateur. Et c’est bien ainsi, le situant dans une situation de témoin complice à ce qui va se passer, comme ça, du coup, sans qu’on s’y attende, ou du moins pas à ce moment. En fait, ce n’est jamais le moment.

Espérer que le moment sera consensuel.

La mise en scène de Favier demeure clinique, distanciée, et pourtant teintée d’une sorte d’attrait aussi sensuel que rigide, donnant la possibilité à la cinéaste de parfaire son projet. Sans doute que ses expériences dans le court métrage et son regard particulier sur le sujet ont été des influences honorables.                                             

Il y a d’abord l’entraînement de l’adolescente, que Favier montre déjà presque femme – Noée Abita, la nouvelle venue dans le remarqué Ava (2017) de Léa Mysius, ainsi, entre autres, dans Genèse (2018) le très beau film québécois de Philippe Lesage, est totalement consciente de sa physicalité qui change de film en film – mais comme si cette maturité bienvenue n’était pas non plus un appel au désir. Encore une fois, est-ce vraiment le cas? D’où le caractère ambigu d’un film qui ose revendiquer le droit à autant la controverse que l’analyse freudienne. Les intentions, dans le cas de Fred – Jérémie Renier, impeccable dans sa béatitude, son désir soudain, résultat de pulsions du moment incontrôlables – dépassent-elles la morale, l’éthique, les tourments inconscients et, oserons-nous dire exigeants, d’une certaine libération des sens?

Serait-il prudent de souligner que Charlène Favier interroge les démons intérieurs, une certaine sexualité de l’Homme, un penchant vers la transgression, espérant que le moment sera consensuel?

Et pourtant, Fred est agressif dans l’entraînement sportif qu’il accorde à Lyz. Pour le spectateur, il n’y a que leur relation professionnelle; la seconde, osée, cruelle, se dirige vers un no man’s land découpé du monde, irréel, désordonné.

La mise en scène de Favier demeure clinique, distanciée, et pourtant teintée d’une sorte d’attrait aussi sensuel que rigide, donnant la possibilité à la cinéaste de parfaire son projet. Sans doute que ses expériences dans le court métrage et son regard particulier sur le sujet ont été des influences honorables.

Slalom est filmé discrètement, par le petit bout de la lorgnette, sans grandes éclaboussures, sans rituels codifiés. Et c’est peut-être ainsi pour que le récit nous paraisse encore plus violent. Dans son silence, son non-dit, son cynisme sournois, ses moins bonnes intentions, dans un sens, à notre insu, aussi complexe, étonnant et jouissivement déroutant.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Charlène Favier

Scénario
Charlène Favier, Marie Talon
Avec la collaboration d”Antoine Lacomblez

Images : Yann Maritaud

Montage : Maxime Pozzi-Garcia

Musique
Alexandre Lier, Sylvain Ohrel

Nicolas Weil

Charlène Favier en tournage

Genre(s) : Drame psychologique

Origine(s)
France
Belgique

Année : 2020 – Durée : 1 h 33 min

Langue(s)
V.o. : français

Slalom

Dist. @
K-Films Amérique

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

En salle(s) @
Cinéma Beaubien
Cineplex

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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