SUCCINCTEMENT Profitant d’une trêve lors de la guerre entre le Liban et Israël, Marwan se rend dans un village du sud pour aller chercher son père. Il constate que la maison familiale a été détruite.
CRITIQUE.
texte Élie Castiel
★★★★
D’amères illusions
Le Libanais Ahmed Ghossein, artiste multifonctionnel, signe un premier long métrage de fiction percutant, minimaliste dans sa conception, touchant à un thème incontournable à l’intérieur d’une cinématographie libanaise plutôt restreinte, expliquant du même coup, dans ce cas-ci, la coproduction avec la France.Suite
SUCCINCTEMENT Mars 2020, Montréal. Les gens ne savent pas ce qui les attend lorsque le premier confinement leur tombe dessus. Ils devront improviser leur nouveau quotidien.
CRITIQUE.
texte Luc Chaput
★★★
Prendre acte sur le vif par la fiction
La pandémie qui sévit encore de manière plus ou moins forte sur notre terre a déjà suscité des bons documentaires dont certains vus aux festivals de Nyon ou Hot Docs que ce soit Molecole (Molecules) de l’Italien Andrea Segre, Wuhan Wuhandu cinéaste canadien Yung Chang et le moyen métrage Time to Pause dans lequel le photographe britannique Alistair Morrison décide de rencontrer sur Internet 1000 personnes dont des travailleurs de la santé de première ligne et échange avec eux avant qu’ils prennent une pause et se fassent prendre en photo.
Le collectif montréalais Kino depuis 1999 a amené la création de nombreux courts métrages avec les moyens du bord et suscité ainsi de nombreuses vocations et carrières dans les divers domaines des médias et ce partout dans le monde. Sa structure simple et participative a facilité la mise en marche de ce long métrage dans lequel quatre histoires scénarisées et mises en scène par autant de cinéastes se déroulent pendant les cent jours de la première vague de 2020 dans la métropole.
L’utilisation de nombreux et beaux plans aériens pris par des drones rappelle ces plans de multiples villes vidées de leurs citoyens par ces confinements et inscrit donc cette chronique dans un répertoire plus large sur cette difficile année 2020.
Comme dans l’inégal Montréal Dead End pondu par 18 réalisateurs et présenté à Fantasia en 2018, la diversité des quartiers et de la population montréalaise est reconnue et mise de l’avant. Toutefois, les personnes âgées de plus de 50 ans sont ici peu présentes dans les histoires. Les conditions spéciales de tournage exigées par la Santé publique ne semblent pas avoir trop créé d’écueils aux diverses interactions entre les personnages. L’idée de rythmer les différents épisodes par des extraits des conférences de presse du premier ministre Legault et du docteur Arruda donne des balises aux changement de tons qui surgissent au fil des joies et des désillusions des individus confinés, astreints au télétravail et ballottés par les changements dans leurs vies amoureuses.
L’interprétation est inégale comme il arrive souvent dans cette collection de courts tissés sur un même canevas. L’utilisation de nombreux et beaux plans aériens pris par des drones rappelle ces plans de multiples villes vidées de leurs citoyens par ces confinements et inscrit donc cette chronique dans un répertoire plus large sur cette difficile année 2020.
Des individus ballottés par les changements dans leurs vies amoureuses.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Max Dufaud, Kevin T. Landry Rémi Fréchette, Reda Lahmouid
Scénario Max Dufaud, Kevin T. Landry Rémi Fréchette, Reda Lahmouid [ d’après une idée de Jarrett Mann ]
Photo Vincent Allard Julien David Soufiane Najah
Montage Max Dufaud, Rémi Fréchette Michel Giroux, Alexandra Oakley Milène Ortenberg
SUCCINCTEMENT En 2014, une journaliste pigiste d’origine britannique est chargée d’infiltrer un groupe terroriste de la mouvance djihadiste qui recrute de jeunes Américaines ou Européennes sur les réseaux sociaux.
CRITIQUE.
texte Élie Castiel
★★★
Russe d’origine kazakhe, Timour Bekmambetov semble fasciné par la façon de faire des cinéastes américains. On n’a qu’à suivre sa filmographie. Dans le cas de Profile, dont les images principales sont des captations d’écran d’ordinateur entre la journaliste en question et le djihadiste, apparemment amoureux d’elle.
Si le film se base sur le livre-enquête d’Anna Érelle publié par Laffont, en 2015, il n’en demeure pas moins que la mise en scène procède selon une logique implacable.
Ingérences
virtuelles
Comment maintenir le suspense tout le long alors que le cadre ne montre que la relation virtuelle par voie Skype, entre la fausse convertie et le djihadiste. Les réseaux sociaux ou la fatalité des rapports de force.
Au cours de cette relation, à la puissance accélérée, apparente une histoire d’amour s’établit entre les deux protagonistes. Qui dit vrai ? Qui ment ? Toujours est-il que Bekmambetov montre les liens entre la fascination de l’autre, même à travers le prisme d’un ordinateur de bureau, le pouvoir des mots et plus que tout, les gestes faciaux dont se nourrissent les principaux intéressés. Un véritable jeu du chat et de la souris, un engrenage percutant aux conséquences dramatiques. Une duperie qui soumet l’un des deux dans les arcanes de la soumission, la vie et la mort.
D’où le jeu prenant de l’Irlandaise Valene Kane, jonglant avec le professionnalisme qu’elle accorde à son travail et la possible capitulation face aux règles de la séduction. Sur ce point, Shazad Latif compose un personnage séduisant hallucinant.
Un véritable jeu du chat et de la souris par voie Skype.
Car c’est aussi de cela que parle le film de Bekmambetov, suivant une impulsion entre la manipulation et le désir de l’instant. Il y a là un dispositif narratif intelligent, un arsenal de mise en scène épatant qui parle d’un sujet grave, du moins si on a suivi de près la politique de Daech en 2014.
C’est sans doute le film le plus réussi d’un cinéaste grand public qui semblait ne jurer que par les principes hollywoodiens. Non seulement film-enquête, mais portrait d’une réalité conduite dans une sphère virtuelle qui ne peut garantir sa sécurité.
Entre les apparences et la vérité, un jeu cruel altérant l’essence même de notre être. On sort de la projection abattu et dans le même temps, lucide.
Lieu de tous les possibles, de tous les dangers, de toutes les envisageables déviations. Également arme terroriste, militaire, servant à recruter des fidèles, notamment de l’Occident. Des jeunes femmes dans ce cas-ci qui ont perdu confiance en un avenir de plus en plus incertain.
Les conversations entre les deux principaux protagonistes révèlent ces éléments du discours bekmambetovien, illustrant pour ainsi dire un certain état du monde. Un monde cruel, sans concessions, ingérable, où toute morale humaniste est expédiée au nom d’un idéal.
Et lorsque l’argumentaire se base uniquement sur des références propres à la religion, le constat est d’autant plus pernicieux qu’il représente un danger sans précédent pour l’Humanité. Entre les apparences et la vérité, un manège cruel altérant l’essence même de notre être. On sort de la projection abattu et dans le même temps, lucide.
Scénario Brittany Poulton Olga Kharina Timour Bekmambetov [ d’après le livre de Anna Érelle Dans la peau d’une djihadiste : Enquête au cœur des filières de recrutement de l’État islamique ]
Photo Andreas Charalambous
Montage Andrey Shu
Musique Andy Ross
Timour Bekmambetov
Genre(s) Suspense
Origine(s) États-Unis / Grande-Bretagne Chypre / Russie