Je parle d’une époque bien particulière, la fin de années 1950 et du début des années 60. Une quinzaine d’années après la Deuxième Guerre mondiale ; pour les cinéastes accomplis, soit ceux qui ont commencé avant ou débutent à ce moment, l’occasion de reconstruire le monde, la société et le politique par le biais des images en mouvement, mais aussi, non pas un déni du conflit armé, mais lui tenant une certaine distance pour voir les nouvelles générations montantes sous un jour nouveau.
Les lunettes 3D font partie du nouvel arsenal cinéphile.
RÉSUMÉ SUCCINCT
Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ.
ANGLE | CRITIQUE |
Pascal Grenier
★★ ½
Il y a des films-concepts qui intriguent d’emblée, des dispositifs minimalistes qui promettent une expérience sensorielle forte, voire hypnotique. Exit 8, adaptation d’un jeu vidéo japonais au principe pourtant simple et efficace, semblait appartenir à cette catégorie. Or, ce qui devait être une boucle fascinante se transforme rapidement en un cercle vicieux, où la répétition n’est jamais transcendée, seulement subie.
Tourner en rond
jusqu’à l’épuisement
Le personnage principal erre dans ce couloir de métro sans fin, condamné à observer, répéter, analyser chaque détail. L’idée, sur papier, a de quoi séduire : jouer avec la perception, débusquer les anomalies, faire naître un malaise diffus. Mais le film s’enlise dans son propre mécanisme. Les variations sont trop minces, trop timides, et finissent par donner l’impression que le récit piétine plutôt qu’il ne progresse. À force de revenir au point de départ, Exit 8 ne crée pas une tension croissante, mais une lassitude presque mécanique.
La répétition sonore n’aide en rien. La musique, les ambiances, jusqu’aux paroles du protagoniste qui commente inlassablement ce qu’il voit, finissent par devenir irritantes.
La monotonie du sens de l’orientation.
Ce qui aurait pu être une expérience immersive se transforme en une boucle auditive monotone, où même le travail pourtant soigné du concept sonore devient contre-productif.
On pourra toujours y lire une métaphore de l’aliénation moderne : l’enfermement psychologique, la pression constante des espaces urbains saturés, ou encore l’impression d’être coincé dans une routine déshumanisante. Mais ces pistes restent à l’état d’esquisses, jamais pleinement exploitées. Le film effleure ses idées sans les creuser.
Au final, on se retrouve devant un exercice de style un peu creux, qui confirme, une fois de plus, que le passage du jeu vidéo au cinéma demeure un terrain glissant, souvent plus proche du faux pas que de la révélation.
Privé de véritable montée dramatique et d’un sentiment d’urgence, Exit 8 peine à instaurer un suspense durable. Même son versant cauchemardesque manque d’audace, comme s’il n’osait jamais basculer dans l’inconfort total. Au final, on se retrouve devant un exercice de style un peu creux, qui confirme, une fois de plus, que le passage du jeu vidéo au cinéma demeure un terrain glissant, souvent plus proche du faux pas que de la révélation.