Nos amis anglophones ont cet adage, « Preaching to the converted », qui résonne plus fort que sa traduction française « prêcher aux convertis ». Chose évidente devant cette salle conquise dès l’apparition en scène de l’Homme en question en ce soir d’avant-première dans la grande salle de la PdA.
Le public, un mélange de genres, d’âges et de convictions différentes. La musique, celle populaire qui rassemble et caresse dans le bon sens du poil. Au menu : une fête réunissant de grands succès de films musicaux des « 100 dernières années » (sic); enfin, presque.
Pas de liste d’épicerie, mais entre autres, Cabaret, Les Misérables, Moulin Rouge, New York, New York et autres à découvrir. Mais toujours selon le choix des spectateurs qui ont, on suppose, déposer leurs choix avant d’entrer dans la salle. Ce qui implique un jeu d’improvisation, on l’admet, calibré avec justesse et n’ayant pas peur des quelques faiblesses ou irrégularités au cours du spectacle.Suite
David Boutin (Lomond). Une tentative d’échapper au délire. Crédit : Valérie Remise
Reprise d’une œuvre incontournable dans la salle intime du CTD’A, lieu où les effets miroirs en termes de créations scéniques québécoises se manifestent à un rythme ininterrompu. Seeker, après le succès en 2021, est reprise deux ans plus tard. Pièce de résistance par son contenu, inusité, et sa mise en scène, espace dramatique exigu oblige, épousant un minimalisme de circonstance.
L’épure et rien d’autre si l’on en juge par le travail effectué par Justin Laramée, au diapason avec le texte de Marie-Claude Verdier. Pour décor, située dans un futur éloigné, quelque chose comme un vaisseau spatial où le principal protagoniste, Lomond – brillant David Boutin qui mérite plus de présence sur scène comme au cinéma – interroge les devis techniques et intellectuels d’un tel mandat.
Et puis, avec la présence de son ex-femme, se livrent tous les deux à un discours sur la nécessité de partager une vie, même si un enfant est né de cette union. Sur ce plan, Karine Gonthier- Hyndman domine son personnage de Niamh avec un calme rassurant, dominant la situation, femme de son époque.
Tenir pendant une heure sans lâcher prise est un acte de contrition, non pas pour revenir à une quelconque divinité, mais à se reprendre soi-même, à se départir de ces multiples questionnements sur le travail qui les attend, notamment dans le cas de Lomond.
La première partie est faite de cris d’angoisses, de pulsions incontrôlables, de doutes passagers. D’incapacité de vivre dans un tel environnement.
Pour Marie-Claude Verdier, une odyssée dans un monde futuriste qui choisit le discours pour établir des idées de fond, qui nous échappent, certes, par leur caractère technique, le jargon lié à la science-fiction.
Et pourtant une idée simple : partager les souvenirs des autres que cette étrange météorite lilliputien proclame; étrange juxtaposition entre le terrestre et la planète rouge.
David Boutin (Lomond) et Karine Gonthier-Hyndman (Niamh). Même dans un ailleurs éloigné, la nécessité du couple se remet en question. Crédit : Valérie Remise
Seekerse penche surtout sur l’angoisse de l’inconnu, la peur du vide qu’il peut procurer. Ne pas savoir ce que cette mission tente de résoudre ou du moins ne pas saisir toutes les nuances.
Le jeu d’éclairages de Martin Labrecque participe de cet environnement particulier. Autant la scène que la disposition de la salle constituent un jumelage considérable. L’espace de jeu ressemble à une cage de verre et les spectateurs d’un côté ou de l’autre, des sortes de jurés habilités à mener un procès.
Moment de théâtre intellectuel, pièce sans concessions, expérimentale par sa forme, mais d’une étonnante énergie humaniste que le recours à la philosophie rend encore plus prenante.
L’amour est sans doute absent dans ce couple en rupture depuis quelque temps, mais indirectement, l’affectif qu’on peut encore ressentir, même froidement, se laisse découvrir à travers quelques simples gestes, expressions du visage, sans doute quelques mots jetés çà et là. Face ou face ou de dos, les deux protagonistes assistent activement à une joute existentielle qui ne peut prédire qu’elles seront les conséquences. Pendant ce temps, la mission doit rendre des comptes.
Moment de théâtre intellectuel, pièce sans concessions, expérimentale par sa forme, mais d’une étonnante énergie humaniste que le recours à la philosophie rend encore plus prenante.
FICHE ARTISTIQUE Texte Marie-Claude Verdier Mise en scène Justin Laramée Assistance à la mise en scène Jacinthe Nepveu Interprètes David Boutin Karine Gonthier-Hyndman Madeleine Péloquin