Steven Soderbergh,
anatomie des fluides

RECENSION.
[ Essai-Cinéma ]

★★★ ½

texte
Élie Castiel

La facette « anthropologue » de Pauline Guedj, entre autres, journaliste et maître de conférences à Lyon 2 , est évidente dans son tout dernier essai consacré au cinéma de Steven Soderbergh. On lui doit, parmi ses nombreux écrits, un essai sur Luis Malle, cinéaste franco-français par excellence même si, à un certain moment dans sa carrière, il s’est épris de l’Amérique en signant réalisations mémorables.

   Existentiellement parlant, un dénominateur commun entre les deux cinéastes : leur individualisme aussi conquérant qu’éclairé qui les démarque des autres hommes et   femmes de cinéma.

   Un prologue, trois chapitres et un épilogue. En fait, le prologue aurait très bien pu être un chapitre de plus, quitte à profiter d’un avant-propos d’un des membres de Playlist. Mais bon… des mots clés relatifs à chacune des parties soulèvent la proposition de Guedj et la mènent à bon port : Méthode; Cerveau/Écran; Corps; Flux; Cinéma/Movies.Suite

Le totalitarisme travesti

RECENSION.
[ Sociopolitique ]

★★★★

texte
Élie Castiel

Essayiste féru de préoccupations sociales contemporaines, de cinéma de genre et de poésie (celle de Rimbaud surtout) – sans doute que j’oublie d’autres affectations, Michel Arouimi cache bien ses tendances politiques même si dans certains de ses écrits, on peut saisir en filigrane les dessous de son parcours idéologique. Après tout, tout homme de lettre ne doit-il pas se compromettre politiquement, même en catimini. De gauche? Pas vraiment. De droite? Peut-être, un peu et parfois beaucoup, et d’autres fois, pas du tout. Centriste? Presque. En fait, selon le sujet abordé.

   C’est ce que l’on ressent à la lecture de ce passionnant recueil de treize chapitres consacrés à diverses manifestations sociopolitiques de notre temps. Des courants de la pensée et de la dynamique qui ont fait et font encore écho dans la mémoire collective.

   Arouimi, dans Le totalitarisme travesti, titre qui suscite le débat autant qu’il laisse au lecteur le soin de s’interroger sur ces questions que nous laissons de côté par inadvertance ou paresse parfois, ne passe pas par quatre chemins, même si dans les quelques parties qui divisent l’opinion publique, il s’avoue plus prudent. Il expose les faits, certes, parfois avec une déréliction passagère car déçu de son temps; et puis, pris par un sentiment d’urgence, il devient aguerri, totalement convaincu de ses théories.

Radicalités

prononcéesSuite

Le crépuscule des cinémas :
Une enquête photographique

RECENSION.
[ Cinéma ]

texte
Pierre Pageau

Des lieux de

bonheurs disparus

Voilà un bien bel ouvrage, qui fait cependant office de mausolée. Une sépulture de luxe : 300 pages, grand format, avec photos en couleurs et papier glacé.  Cela peut aussi être très glaçant.  Le mot « Crépuscule », dans le titre, se réfère à ce qui décline, ce qui est proche de disparaître, comme dans l’expression le «  Crépuscule de la vie ». Bref, on pouvait craindre que cet ouvrage ne s’intéresse qu’aux salles de cinéma qui sont disparues ou sur le point de l’être. Un autre ouvrage récent, Movie Theaters (édition Prestel), des auteurs Yves Marchand et Romain Meffre fait cela. L’an dernier le Cinés Méditerranée (de Stephan Zaubitzer) mettait l’accent principalement sur de belles salles de cinéma du passé; Zaubitzer se concentrait sur le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte et le Liban. Avec le livre récent, Simon Edelstein fait œuvre notariée; il compile ce qui s’est déjà réalisé. Et, dans le cas de nos salles de cinéma, ce qui a disparu ou est en train de disparaître.  Comme par exemple : pour les projecteurs (et le métier de projectionniste); comme pour le métier de guichetier (ou caissier) et le système de billet qui l’accompagnait; comme pour les sièges et le décor en général; comme pour les immenses néons pour illuminer les devantures de salles.  Il s’agit ici d’autant de sujets qui constituent à l’intérieur de l’ouvrage l’équivalent de chapitres.

Pour donner un peu de variété dans cette démarche, l’auteur nous propose de petits chapitres avec chacun son sujet particulier. Il en est ainsi pour le travail du Français Guy Brunet (de Viviez) qui, obsédé par l’âge d’or du cinéma hollywoodien, dessine l’équivalent d’affiches de l’époque. Il recrée un univers que l’on peut croire complètement disparu. Il y a aussi une section consacrée à la super grande vedette du cinéma indien, Raj Kumar; en fait les photographies se consacrent aux cérémonies entourant son décès en 2016. On peut alors constater combien il y a ici une sorte de survie symbolique de la star comme icône, une sorte de Dieu (comme dans le cas de Rudolph Valentino du cinéma muet). Il s’agit de formes de religion qui se perpétuent.Suite

1 13 14 15 16 17 27