Lire Lolita à Téhéran

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 05 juin 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Azar Nafisi, professeure à l’université de Téhéran, réunit secrètement sept de ses étudiantes pour lire des classiques de la littérature occidentale interdits par le régime.

Le Film
| de la semaine |

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

 

★★★★

 

La récente entrevue avec Eran Riklis nous permet-elle de mieux saisir les zones d’ombre que l’on retrouve dans son nouveau film ? Cet effet de non-dit(s), pour certains en tout cas amalgame de séquences disparates, demeure sans contredit ce qui caractérise Lire Lolita à Téhéran, titre faut-il croire, multiforme, comme un film original, non pas le meilleur de l’auteur de La fiancée syrienne (Ha-Kala Ha-Surit), datant quand même de 2004, mais qui conserve cette manière de faire du cinéaste israélien, non pas totalement de gauche, non plus de droite, mais pour qui le cinéma est une école de pensée sociale, politique, plus engagée que militante, mais hors de toute considération porte-étendard.

 

Le chœur a

ses raisons

 

C’est par la sensibilité du plan, le côté documentaire des lieux filmés (pour des raisons évidentes, le tournage a eu lieu en Italie), saisir les personnages dans une fausse intimité puisque le lieu clos où ils se trouvent, constituent une sorte de terrain de combat virtuel, pourtant ouvert aux possibles.

Sauf que ces ‘ils’ sont des ‘elles’, ce groupe de femme qui se réunissent dans un appartement, dont le cadre explique son caractère bourgeois, d’autant plus que c’est de littérature étrangère, de surcroît, la russe – il s’agit de saisir ce que le russo-américain Vladimir Nabokov a voulu dire dans son Lolita. Étude psychologique ? Drame de mœurs ? Rapport prédateur entre le principal protagoniste et une pré-adolescente ? Sur ce point, dans sa Lolita, Stanley Kubrick a eu la bonne idée de choisir une actrice plus âgée, Sue Lyon, à l’époque, 16 ans. Aujourd’hui, il serait poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs et danger pour les femmes.

Séquence qui, sans nul doute, demeure le principal fil conducteur de cette proposition.

La retenue avec laquelle Riklis irrigue son matériau pourrait inciter certains critiques à considérer ce film comme inférieur à ses précédents. Sans vouloir trop vanter les mérites qu’il sous-tend, il n’en demeure pas moins que ce nouvel opus peut aisément justifier la vanité d’œuvre accomplie, sans doute en raison de la présence de ce chœur de femmes, d’où Zar Amir Ebrahimi en sort la plus victorieuse, évitant de voler la vedette, procurant ainsi aux autres participantes la possibilité d’exprimer leur relation au sujet dont il est question. C’est-à-dire, une totale adhésion. Le tout parrainé par l’incontournable Golshifteh Farahani, la tragédienne de cette œuvre presque grecque.

Et l’amour ? Une des plus belles séquences du film réunit Azar et son ancien professeur, à une époque où les cieux étaient plus cléments ; la séquence est filmée comme dans un rêve éveillé. Une sorte de chorégraphie des corps, voulant que ce qu’on veut partager est interdit à l’extérieur, mais où les fruits parfois doux-amers d’une relation intellectuelle sont évoqués.

La racine : un moment inspirant et même important dans la vie de la célèbre femme de lettres Azar Nafisi, de sa propre biographie. Entre l’appropriation de Riklis – approuvée avec la bénédiction de l’autrice – du personnage pour les besoins du cinéma, une autre discipline où la recherche de vérité est souvent l’ingrédient principal, le résultat s’avère d’autant plus concluant que cet effet de distanciation dont il a été question s’avère le soutien essentiel pour comprendre à fond la proposition du réalisateur.

Un film profond pour son thème, particulièrement à un moment où le régime actuel persan fait des siennes, même si officieusement, il a trop perdu, mais malheureusement soutenu par des voix discordantes qui semblent, comme par mauvais présage, le défendre, prouvant en fin de compte que les révoltés iraniens récents contre le régime iranien en place sont les véritables perdants.

La totale intégrité de femme libre.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Riklis à l’idée selon laquelle « Les femmes, dans notre récit, combattent la solitude tout en faisant face à des priorités, des décisions et des conséquences qui sont déterminantes à tout point de vue (extrait de dossier de presse). À nos yeux, cette solitude est de préférence remplacée par une fuite en avant productive, comme oser les interdits, ne pas se laisser prendre dans l’engrenage d’un nouveau régime totalitaire. Pour le moment, il n’y a que ça !

Et l’amour ? Une des plus belles séquences du film réunit Azar et son ancien professeur, à une époque où les cieux étaient plus cléments ; la séquence est filmée comme dans un rêve éveillé. Une sorte de chorégraphie des corps, voulant que ce qu’on veut partager est interdit à l’extérieur, mais où les fruits parfois doux-amers d’une relation intellectuelle sont évoqués.

Ce rapport entre la mise en scène, voleuse de moments de vie, et ce que nous avons vu auparavant, constituent l’essence même de l’activité cinématographique : une fenêtre ouverte sur le monde et la vraie vie, libre de toutes contraintes, personnelles et politiques. Comme une possible forme d’utopie. Ce chœur de femmes en est le créateur.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Eran Riklis

Scénario : Eran Riklis, Marjorie David; d’après le roman éponyme d’Agar Nafisi. Direction photo : Hélène Louvart. Montage : Arik Lahav-Leibovich. Musique : Jonathan Riklis.

Genre(s)
Chronique biographie
Origine(s)
Israël / Italie
Année : 2024 – Durée : 1 h 48 min
Langue(s)
V.o. : anglais, farsi; s.-t.f.
Reading Lolita in Tehran
Likro Lolita Be’Tehran
Lolita Khanu dar Tehran

Eran Riklis

Dist.
K-Films Amérique
Contact/Prod.
[ United King Films ]

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ Beaubien ]
Cineplex
 

Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]