Quichotte
@ TNM

 

CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel

★★★★

 

Crédit : TNM

Dans le milieu, bien avant la première médiatique, les rumeurs circulaient selon lesquelles cette adaptation de l’œuvre fondatrice de Cervantes serait sans doute accueillie avec précaution, voir même discernement.

Dans l’ensemble, pour notre part, un spectacle de haute tenue ; pour sa folie, son esprit libre, sa candeur à sublimer les moments, son amalgame adroit de légèreté et de tragédie.

 

Les possibles

intimes

de l’utopie

 

Côté écriture, à l’instar de celui du grand auteur ibérique qui s’accordait à son époque, Rébecca Désrape persiste et signe en gros traits avec son temps.

Spectacle de cabaret, maison de passe, tenancière respectueuse et, parmi le personnel, celui qui tient le lieu propret malgré tout ce qui se passe, comme pris par un soudain besoin de s’affirmer, se substitue au Don Quijote de la Mancha, désigne son Sancho Panza en la personne du maître de cérémonie de la maison et, par miracle, les rapports entre le texte initiale et sa transposition contemporaine prennent des allures complices, irrémédiables, signalant que le passage du temps est en fin de compte une chimère, un rêve, une illusion. C’est ce qui fait la force de Désrape. Un manuscrit unique, d’un abandon et d’une autonomie exemplaires.

Aller au-delà de soi.
Crédit : Yves Renaud

On ne sera pas trop sévère sur la quantité de numéros musicaux et chorégraphiques, pourtant exécutés avec autant de corporalité que d’érotisme bienveillant, évitant complètement le vulgaire.

C’est un peu tard dans le récit que la quête de (Don) Quichotte se fait présente et que son sous-fifre, si on peut l’appeler ainsi, malgré lui et plus tard convaincu de son utilité, affirme la véritable proposition de ce Quichotte.

Ces va-et-vient incessants, du moins en ce qui nous concerne, ne nous fait pas changer d’avis. Le Quichotte de Désrape/Bélanger résonne avec une sorte de rapport à l’Histoire littéraire dramatique en constante pérennité.

Pertinemment, Frédéric Bélanger, qui voit son idée mise en écriture selon ce qu’il avait en tête, sa mise en scène caresse cette idée folle selon laquelle tout est permis, le caprice, le chimérique, l’illusion, et que plus rien ne compte.

Vivre un impossible amour.
Crédit : Yves Renaud

Et pour rendre ce délicat emportement aussi authentique que savoureux, un casting principal fabuleux : Normand D’Amour, épris de son personnage/Don Quichotte plus que de lui-même, Benoit McGinnis qui donne à son Sancho Panza des airs de noblesse, acquise ou volée, selon le moment, Dulcinée, celle à qui Marie-Andrée Lemieux pourvoit une âme généreuse et presque sacrificielle de piété amoureuse ; sans oublier, bien entendu, Madame Petit, à laquelle la grande et versatile Debbie Lynch-White verse toutes les complexités, oui, c’est bien ça, complexités, du personnage, en quelque sorte donnant vie à ce récit sur le simple désir d’être, quitte à passer une vie dans le paraître.

FICHE ARTISTIUE PARTIELLE

Texte
Rébecca Désrape
D’après une idée de Frédéric Bélanger,
à partir du Don Quichotte de Cervantes
Mise en scène
Frédéric Bélanger

Assistance à la Mise en scène
Marie-Hélène Dufort

Interprètes
Normand D’Amour, Marie-Andrée Lemieux
Benoit McGinnis, Debbie Lynch-White
ainsi que Yann Aspiro, Catherine Beauchemin
Métushalème Dary, Félix Lahayer
et Marie-Pier Labrecque

Décor
Francis Farley-Lemieux
Costumes
Jonathan Beaudoin
Éclairages
Chantal Labonté
Musique originale
Gustafson (André Bletton
et Jean-Philippe Aspinot)

Diffusion & Billets
TNM
(Salle principale)

Durée
1 h 30 min
(Sans entracte)
Jusqu’au 6 juin 2026