L’embellie du cinéma de genre, succédané par nécessité consistant à changer la donne aux guichets, se poursuit à un rythme accéléré dans nos salles dites « commerciales » ; on n’a qu’à voir les bandes-annonces de la chaîne majeure de cinémas au Québec, à Montréal surtout, mais tout aussi bien dans les salles en région.
Car disons-le sans ambages, c’est bien la capitale culturelle de ce qu’on appelait jadis « la Belle province » qui nous intéresse avant tout. Pour la simple raison qu’à une époque que certains gardent dans leur esprit avec nostalgie, Montréal était la plaque tournante du cinéma mondial. L’exemple à suivre en Amérique du Nord.
Seul dans la salle, le cinéphile n’ose pas montrer son visage, de peur que…
RÉSUMÉ SUCCINCT
À la fin des années 1990, Sasha, huit ans, s’installe avec ses parents et ses frères sur l’île de Vancouver. Mais à travers ses yeux, sous le soleil d’un été en apparence paisible, quelque chose se fissure.
ANGLE | CRITIQUE | Élie Castiel
★★★ ½
Ou plus directement, un étrange mal de vivre dont souffre Jeremy, l’ainé d’une famille recomposée, le père et la mère d’origine hongroise qui vont s’installer quelque part dans l’île de Vancouver.
Ce spleen peuplé de fantômes
Pour la cinéaste canadienne Sophy Romvari, il s’agit d’un premier long métrage où le drame, l’émotion, les sentiments, les affectations sont autant d’éléments et enjeux cinématographiques qui ne s’expriment que par le cinéma, le réalisme n’étant pas de mise dans ce film fort réussi malgré quelques hésitations et une continuité alambiquée au point de se sentir un peu perdu.
Avec le passage du temps, vingt ans ans plus tard, alors que le récit commençait vers la fin des années 1990, la maladie dont le jeune homme est atteint n’est encore pas citée, d’autant que le principal intéressé est maintenant…
À force d’observer.
Romvari a reçu le Prix du meilleur premier long métrage à Locano, récompense bien méritée, confirmant que c’est une nouvelle génération de cinéastes qui signent de plus en plus le nouveau cinéma, celui d’une horde habituée aux études cinématographiques universitaires, notamment en production.
Ces réalisateurs et réalisatrices constituent le cinéma du futur immédiat et on se demande ce que l’IA viendra faire dans tout cela. En attendant, Blue Heron, dont le titre symbolique nous échappe, bénéficie de l’appui d’une jeune femme à la tête pour qui l’émotion, même si sujette aux critères de celles et ceux de sa génération est autre que les précédentes.
Le spleen dont est atteint l’aîné des enfants est peuplé d’apparitions et d’ombres que le cinéma, lorsque traité avec conviction, peut rendre perceptible, même l’inattendu.
Il y a, par exemple, des moments documentaires où la fiction se mobilise quelque temps, et vice-versa, comme si les deux approches n’en faisait qu’une. Cette symbiose des courants n’obligent qu’à faire les choses autrement.
D’ici là, une autre vision du cinéma consistant à pousser les spectateurs à changer leur regard anime la planète-cinéma. Les images en mouvement de demain sont celles qui, peu à peu, ou rapidement peut-être, vont changer notre perception de la culture cinématographique, que ce soit en salle ou dans nos salons.
Le spleen dont est atteint l’aîné des enfants est peuplé d’apparitions et d’ombres que le cinéma, lorsque traité avec conviction, peut rendre perceptible, même l’inattendu.