Les enfants

CRITIQUE
scène

texte
Élie Castiel

★★★

À la base, il y a un problème majeur : le texte d’origine. Il arrive pourtant qu’en le transposant dans une autre langue, il se crée, comme par un tour de magie, une transformation complète qui le rend subtile, saisissant, plus agréable pour l’ouïe. Dans le cas des Enfants, Maryse Warda hésite, nul doute inconsciemment, tantôt trop populaire, tantôt à moitié engagée.

D’une part, dommage pour le texte de Lucy Kirkwood qui, malgré de très louables intentions, se perd royalement entre la vision critique d’un phénomène environnemental percutant et le triangle amoureux, ce dernier prenant quasi la très grande partie de la pièce.

Ce monde impitoyable

Là n’est pas le problème. D’autres ont écrit sur les liens affectifs à trois avec plus de panache, d’humour, de conscience individuelle et de discernement, tout en reliant leurs paroles à une critique sociale, politique ou autre. Ici, la banalité prend une trop grande partie de l’ensemble, jusqu’à sommer le spectateur à abandonner.

Comme des pros, nous restons jusqu’à la fin pour voir comment tout cela va finir. Admettons que nous avons assisté à une tombée de rideau (bien sûr, métaphorique) assez réussie. Un départ des trois personnages vers des horizons incertains. Belle façon de terminer ce voyage singulier.Suite

Ultime saga

CRITIQUE
scène

Élie Castiel

★★★★ ½

Humains et Reptiliens

Nul doute que Tamara Nguyen possède une imagination fertile, une prise de conscience sociale et politique salutaire et plus que tout, le sens aiguisé de l’observation de ses contemporains. Rien ne lui échappe dans ce récit doux-amer sur la condition humaine actuelle et la théorie du complot. Tout y passe, le gouvernement, les individus, divisés en deux groupes distincts qui se disputent constamment. Qui a tort? Qui a raison?

Godzilla et les autres films de genre, la bande dessinée, James Bond, tous ces mythes enfouis dans la mémoire collective se rassemblent dans ce tableau ou le fourre-tout ressemble à un puzzle bien orchestré que, mine de rien, Nguyen remet en place, sommant les spectateurs de la suivre.

En somme, une scénographie inspirée de Wendy Pires, donnant l’opportunité à Sébastien David de donner libre cours à son imagination, en accord avec un texte frivole et rigoureusement appliqué. Quant au choix du titre de cet article, vous découvrirez sa métaphorique signification en allant voir la pièce.

Suite

Becoming Chelsea

CRITIQUE
scène

texte
Élie Castiel

★★★★

Déconstruire le mythe en le réhabilitant

Un texte sans doute rédigé sous le coup de l’impulsion; de cette poussée d’adrénaline littéraire qui sollicite certains à l’expérimentation, jusqu’à déconstruire la fiction et nul doute le réel. Sébastien Harrisson ne passe pas par quatre chemins. Les principaux évènements de l’affaire Chelsea Manning sont présents, mais sous une forme évoquée par une singularité dans le rythme d’élocution des protagonistes, comme si ce cas politico-social ne devait être raconté que par une seule et unique personne.

Trois comédiens et une comédienne. L’un des trois, dans un rôle de transgenre – Sébastien René se surpasse dans cette partition exigeante, casse-gueule, celle qu’en principe, on ne joue qu’une seule fois dans sa vie; de ces compositions qui questionnent constamment le métier d’interprétation. René suit les directives du metteur en scène et parfois, au tournant d’une scène, se permet ou du moins donne l’impression d’improviser magnifiquement bien son personnage. Comme si ce dernier le possédait et plus rien ne comptait.

Effectivement, le becoming du titre suggère « en construction », non seulement comme si cette affaire n’était pas conclue, mais également à prendre comme la prise de conscience d’un auteur et d’un metteur en scène (qui se confond harmonieusement à l’écrivain) questionnant sans cesse leurs pratiques.

Suite

1 78 79 80 81 82 102