Festival international du film d’animation d’Annecy II

ÉVÈNEMENT
Animation-Annecy

texte
Luc Chaput

Le FIFA a depuis 1985 une compétition long métrage et le premier gagnant fut le Hongrois Daliás idők (Les temps héroïques), de József Gémes. L’an dernier, l’équipe dirigée par Marcel Jean a rajouté, devant le nombre grandissant de longs, un deuxième concours, le bien nommé « Contrechamp », pour mettre en valeur les propositions différentes. Le film croate Accidental Luxuriance of the Translucent Watery Rebus (Luxuriance accidentelle du rebus aqueux translucide/ Slučajno bujanje prozirnog vodenog rebusa), de Dalibor Baric, était l’une de celles-là, racontant par le biais de la rotoscopie, une enquête policière aux accents de films noirs partiellement en bandes dessinées très calibrées dans un rêve éveillé où réalités et fantasmes s’interpénétraient. Dans un dessin frustre, l’Argentin Ayar Blasco nous amenait avec Lava dans une Buenos Aires attaquée par des chats géants et où seul un groupe d’amateurs de bandes dessinées bizarres trouvait une parade à cette prise de contrôle des cellulaires et des réseaux sociaux par des extraterrestres. La proposition se diluait malheureusement avant terme. Une animation aux couleurs claires contrastait avec le sujet sérieux de My Favorite War (Mans mīļākais karš ), retour autobiographique par Ilze Burkovska-Jacobsen sur son enfance dans la région de Courlande en Lettonie et sur l’importance de la Guerre patriotique dans l’endoctrinement des jeunes pousses soviétiques. L’insertion d’archives et de rencontres avec des témoins de l’époque permettait d’enlever petit à petit des couches à ce discours si loin de la réalité vécue alors. Cette œuvre s’est méritée à juste titre le Grand prix de cette section.

Deuxième partie

Compétition « Contrechamp » & les courts

The Kinght and the Princess

Mélangeant comédie musicale et drame familial dans une environnement dessiné avec précision et d’une grande harmonie formelle, le film coréen Shaman Sorceress (Jusulsa Mabeobsa ) d’Ahn Jae-huun permettait de mieux comprendre l’impact de l’évangélisation de la Corée fin XIXe siècle et les bouleversements que cette nouvelle vision du monde a suscité dans certaines communautés. L’éventail des genres et des styles de cette compétition était donc étonnant, distordu même dans certains cas allant du prévisible roman d’aventures égyptien The Knight and the Princess (Alfaris wal’Amira ), de Bashir El Deek, au réquisitoire contre le goulag nord-coréen True North (Utara yang benar / Makita), coproduction Indonésie/Japon de Eiji Han Shimizu, jusqu’à l’outrancière comédie agricole estonienne Old Man – The Movie, (Vanamees film ), des cinéastes Oskar Lehemaa, Mikk Mägi

Naked

Carne

L’offre en courts métrages était pléthorique avec ses diverses compétitions qui permettent de faire connaître de nouveaux artisans et artistes qui trouveront une place dans cette profession. D’ailleurs, à propos de ces propositions artistiques, certaines écoles présentent des films dus à quelques ou même plusieurs réalisateurs tous cités. Ces œuvres sont-elles à qualité égale ou similaire désavantagées face à un court dont toutes les facettes de réalisation et de production ont été le fait d’un maître-d’œuvre. Un univers créé en peu d’images qui ressemble à la vision que l’on peut avoir des banlieues tristes de Russie ou d’ailleurs, un jeune homme aux allures punk qui se découvre un don de passe-muraille, de nombreux non-dits et peu d’explications, ce pourrait être le début d’un long. Naked (Obnazhennyy ) est déjà un court ramassé et ouvert et a mérité bien entendu au Russe Kirill Khachaturov le Prix du film de fin d’études. Un soldat revient de guerre dans une région sombre, peuplé d’êtres étranges  qui lui sont familiers et de sa famille plus ou moins élargie, Homeless Home par le biais d’une animation précise nous fait côtoyer les vies, les joies et les peines de ces êtres dissemblables mais qui nous ressemblent. Alberto Vázquez Rico a remporté pour ce conte le Prix du jury de la compétition officielle des courts. La Brésilienne Camila Kater, après des passages reconnus à Locarno et au TIFF l’an dernier n’a récolté pourtant aucun prix pour Carne (Viande), son portrait des cinq âges de la vie d’une femme, alliant témoignages et divers modes d’animation dans un ensemble percutant.

Freeze Frame

Des animaux nagent dans des cubes de glace qui ressemblent aux photogrammes de Muybridge. Ces cubes auraient peut-être été ramassés par des tailleurs de glace des lacs. Le réalisateur déploie ainsi plusieurs des possibilités de son titre Freeze Frame dans un remarquable noir et blanc sur la vie qui bat malgré le froid. Les changements climatiques trouvaient quant à eux un écho dans Aletsch Negative de Laurence Bonvin dans la section « Perspectives » où des photos de cristaux de glace sont animées pour rendre compte du déclin de ce grand glacier suisse. Turtle Journey de Gavin Strange, animation de plasticine des studios Ardman pour Greenpeace, a eu le Prix du court de commande pour une rencontre sympathique et très anthropomorphique d’une famille de tortues naviguant vers son chez-soi. Et L’odyssée de Choum, sur une jeune chouette cherchant sa mère dans un bayou après un   ultra-violent orage pour ses changements étonnants de perspectives et ses vifs coloris d’un univers tropical a permis à Julien Bisaro de remporter le Cristal pour une production TV.

Physique de la tristesse

L’odyssée de Choum

La pression de la communauté et l’obsession de la beauté uniforme trouvaient un écho critique soutenu dans une admirable construction à l’ordinateur 2d dans The Town (Xiǎo zhèn) de Yifan Bao, film chinois aux échos politiques fortement actuels avec ce qui se passe pour Hong Kong. Le Cristal du court métrage était remis bien évidemment à l’extraordinaire travail à l’encaustique Physique de la tristesse du Bulgaro-canadien Theodor Ushev, qui pourra ainsi concourir à nouveau pour l’Oscar du court.