Festival International du Film sur l’Art 2022
Première partie

ÉVÉNEMENT.
[ Présentiel & En ligne ]

texte
Luc Chaput

Une vieille dame est interviewée chez elle. Elle a gardé en partie la fougue de sa jeunesse. Elle revient sur son parcours chaotique qui en fait une des historiennes et archivistes majeures du cinéma. Son aura dans le milieu cinématographique germanique était telle que Werner Herzog a effectué un long trajet pédestre en 1974 de Munich à Paris pour qu’elle aille mieux. D’autres collègues tels Volker Schlöndorff témoignent de son impact dans leurs vies, elle qui n’est qu’illustre pour un assez petit nombre de cinéphiles. Voilà une des nombreuses déclinaisons sur le spectacle de la vie présentées au 40e FIFA.

Le spectacle

de la vie

Lotte Eisner, aucun lien, nulle part

Moyen métrage que ce portrait de cette critique, Lotte Eisner, aucun lieu, nulle part, de Timon Koulmasis est remarquable par le montage déferlant qui insère de multiples bouts de films connus ou inconnus pour accompagner les denses plages d’entrevues avec des cinéastes et historiens. La récolte archivistique fut très fructueuse, passant du Berlin d’après la Première Guerre mondiale jusqu’aux épisodes de 1968 en France et évoquant les rapports complexes entre Henri Langlois et ses employées. Un moment de grâce arrive quand cette vieille dame avance avec sa canne vers le robot de Metropolis de Fritz Lang qu’elle a réussi à intégrer dans les trésors de la Cinémathèque française.

Marguerite Donnadieu est bien plus connue qu’Eisner puisque son pseudonyme est Duras. L’enquête à la frontière du long métrage, Marguerite Duras, l’écriture et la vie de Lise Baron, remonte vingt-cinq ans après sa mort le fil de sa vie en incorporant par le biais des trésors de l’INA ses participations en tant qu’interviewée à des émissions de télé. Son travail de journaliste est remis en lumière tant à l’ORTF qu’à Libération, reflet de son implication constante pour divers causes changeantes. De vieilles amitiés resurgissent dans ce documentaire foisonnant qui rend visible l’imbrication entre l’image et le texte dans cette œuvre de longue haleine.

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

L’œil, le pinceau et le cinématographe

Une artiste britannique, Tacita Dean, montre dans son atelier la vitre d’une fenêtre de train et signale sa ressemblance avec la forme du photogramme 4:3. Le cinéaste Stefan Cornic, dans L’œil , le pinceau et le cinématographe, remonte jusqu’au milieu du XIXe siècle pour ausculter les liens entre industrialisation, moyens de transport, photographies, spectacles et fêtes foraines qui ont mené de diverses manières à la naissance du cinéma. Les deux frères Gustave et Martial Caillebotte retrouvent un plus grand droit de cité dans l’histoire de l’art aux côtés de Monet et ses multiples vues de cathédrale et de Turner, chantre pictural de la vitesse. Des entrevues d’experts dans leurs environnements muséaux tracent des lignes entre l’image et la disparition de lieux, les trottoirs ambulants et le changement de perspective dans un discours protéiforme qui rappelle l’étape du praxinoscope d’Émile Reynaud.

Jean de La Fontaine : L’homme qui aimait les fables

Habitué que nous sommes d’avoir appris jeunes les fables de cet auteur classique qu’est Jean de La Fontaine, nous avons perdu au moins en partie ce sens de l’émerveillement devant ces deux cent cinquante-quatre courts poèmes. À l’occasion du 400e anniversaire de sa naissance, la réalisatrice Pascale Bouhenic réunit les beaux objets illustrés que furent au cours des siècles ces livres de différents formats que furent ces publications auxquelles Oudry, Granville, Doré et Rabier ont apporté tous leurs talents. Sa proposition, le moyen métrage, Jean de La Fontaine : L’homme qui aimait les fables. L’amitié entre La Fontaine et Fouquet est aussi signalé et la place de la nature dans la profession de cet auteur qui fut haut fonctionnaire constituent les autres axes de cet opus qui redonne le sourire. Un long extrait du court sujet Le corbeau et le renard de Pierre Hébert, Francine Desbiens et autres à l’ONF montre jusqu’où les recherches de cette cinéaste sont allées.

D’autres avenues d’exploration de ce catalogue dans le domaine de la danse, du théâtre et des arts visuels s’offrent à nous pendant ce festival mais aussi dans sa déclinaison annuelle.

Jusqu’au 27 mars 2022